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  • Nous célébrons et nous annonçons, ô Christ, ta résurrection !

    Nous célébrons et nous annonçons, ô Christ, ta résurrection !

    L’arrogance de la Mort est réprimée, (…) Adam est désormais affranchi, pour tous les êtres s’inaugure un Esprit de vie grâce à la résurrection du Christ et avec une lumière sans fin, tandis qu’aux Porteuses de parfum a été souhaitée la joie, ainsi qu’à tous les fidèles qui avec amour psalmodient : « Au-dessus de toute louange, Dieu de nos pères et notre Dieu, tu es béni. »

    Les tombes s’ouvraient, ô Sauveur, à ton réveil et les âmes des justes célébraient dans l’allégresse, ô Christ, ta résurrection : car c’est toi, Maître, qui mort en ton essence humaine, par ta nature divine ô Tout-Puissant, as fait périr l’Hadès et libéré les mortels.

    Nous annonçons, tes deux natures, ô Christ, puisque tu es Dieu et homme, et avec piété nous te chantons : « Au-dessus de toute louange, Dieu de nos pères et notre Dieu, tu es béni. »

    « Montagne sainte », c’est véritablement ainsi, ô Vierge, que nous te reconnaissons tous, puisque de toi a été détachée sans main d’homme la Pierre, le Christ qui en venant dans la chair a aussitôt empli le monde entier de la connaissance de Dieu : c’est lui que nous adorons en clamant : « Au-dessus de toute louange, Dieu de nos pères et notre Dieu, tu es béni. »

    Bénissez le Créateur Dieu le Père, célébrez le Verbe descendu jusqu’à vous pour changer le feu en rosée, et exaltez par-dessus tout celui qui à tous accorde la vie, l’Esprit très saint, dans tous les siècles.

    Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)

  • « C’est le Seigneur ! »

    « C’est le Seigneur ! »

    Toutes les créatures sont vivantes dans la main de Dieu ; les sens n’aperçoivent que l’action de la créature, mais la foi croit à l’action divine en tout. Elle voit que Jésus Christ vit en tout et opère dans toute l’étendue des siècles, que le moindre moment et le plus petit atome renferment une portion de cette vie cachée et de cette action mystérieuse. L’action des créatures est un voile qui couvre les profonds mystères de l’action divine.

    Jésus Christ après sa résurrection surprenait ses disciples dans ses apparitions, il se présentait à eux sous des figures qui le déguisaient, et aussitôt qu’il se découvrait, il disparaissait. Ce même Jésus qui est toujours vivant, toujours opérant, surprend encore les âmes qui n’ont pas la foi assez pure et assez perçante. Il n’y a aucun moment où Dieu ne se présente sous l’apparence de quelque peine, de quelque obligation ou de quelque devoir. Tout ce qui se fait en nous, autour de nous et par nous, renferme et couvre son action divine, quoique invisible, ce qui fait que nous sommes toujours surpris et que nous ne connaissons son opération que lorsqu’elle ne subsiste plus.

    Si nous percions le voile et si nous étions vigilants et attentifs, Dieu se révélerait sans cesse à nous et nous jouirions de son action en tout ce qui nous arrive. A chaque chose nous dirions : « C’est le Seigneur ! » Et nous trouverions dans toutes les circonstances que nous recevons un don de Dieu, que les créatures sont de très faibles instruments, que rien ne nous manquerait, et que le soin continuel de Dieu le porte à nous départir ce qui nous convient.

    Jean-Pierre de Caussade (1675-1751)

  • « La paix soit avec vous. »

    « La paix soit avec vous. »

    Fixons notre attention sur la salutation inattendue, trois fois répétée par Jésus ressuscité quand il est apparu à ses disciples réunis et enfermés dans la chambre haute « par peur des juifs » (Jn 20,19). À l’époque, cette salutation devait être habituelle ; mais dans les circonstances où elle a été prononcée, elle revêt une plénitude stupéfiante. Vous vous en souvenez, cette salutation c’est : « Paix à vous ! » Une salutation qui avait résonnée dans le chant des anges à Noël : « Paix sur la terre ! » (Lc 2,14) Cette salutation biblique, déjà annoncée comme promesse effective du royaume messianique (Jn 14,27), est maintenant communiquée comme une réalité qui prend corps dans ce premier noyau de l’Église naissante. C’est la paix du Christ victorieux de la mort, avec ses causes proches ou lointaines, avec ses effets terribles.

    Jésus ressuscité annonce donc et instaure la paix dans l’âme décontenancée de ses disciples… C’est la paix du Seigneur, entendue dans sa signification première, personnelle, intérieure, morale et psychologique, qui est inséparable du bonheur — celle que saint Paul énumère parmi les fruits de l’Esprit, après la charité et la joie, se fondant en quelque sorte avec elles (Ga 5,22). L’alliance de ces trois fruits n’est pas loin de notre expérience spirituelle commune ; elle est la meilleure réponse à notre interrogation sur l’état de notre conscience, quand nous pouvons dire : ma conscience est en paix. Qu’y a-t-il de plus précieux pour un homme conscient et honnête ?…

    La paix de la conscience est le bonheur le plus authentique. Elle aide à être fort dans l’adversité ; elle maintient la noblesse et la liberté de la personne, même dans les situations les plus graves ; elle demeure la bouée de sauvetage, c’est-à dire l’espérance… alors que le désespoir devrait avoir le dessus… Ce don incomparable de la paix intérieure est le premier don du Ressuscité : il a tout de suite institué… le sacrement qui peut donner la paix, le sacrement du pardon, ce pardon qui ressuscite (Jn 20,23).

    Saint Paul VI

  • « Il marchait avec eux. »

    « Il marchait avec eux. »

      Après sa résurrection, le Seigneur Jésus a rencontré en chemin deux de ses disciples qui parlaient ensemble de ce qui était arrivé, et il leur dit : « De quoi parliez-vous en chemin, que vous soyez si tristes ? »       

    Ce passage de l’Évangile nous apporte une grande leçon, si nous savons le comprendre. Jésus apparaît, il se montre aux yeux des disciples, et il n’est pas reconnu. Le Maître les accompagne sur le chemin, et il est lui-même le chemin (Jn 14,6). Mais eux ne sont pas encore sur le vrai chemin ; quand Jésus les rencontre, ils ont perdu ce chemin. Lorsqu’il demeurait avec eux, avant sa Passion, il leur avait bien tout prédit : ses souffrances, sa mort, sa résurrection le troisième jour. Il leur avait tout annoncé ; mais sa mort leur avait fait perdre la mémoire…       

    « Nous espérions, disent-ils, qu’il délivrerait Israël. » Comment, disciples, vous espériez, et maintenant vous n’espérez plus ? Pourtant le Christ vit, et en vous l’espérance est morte ? Oui, le Christ vit. Mais le Christ vivant a trouvé morts les cœurs de ses disciples. Il apparaît à leurs yeux, et ils ne le perçoivent pas ; il se montre, et il leur reste caché… Il chemine avec eux et semble les suivre, et c’est lui qui les conduit. Ils le voient mais ne le reconnaissent pas, « car leurs yeux, dit le texte, étaient empêchés de le reconnaître »… L’absence du Seigneur n’est pas une absence. Crois seulement et celui que tu ne vois pas est avec toi.

    Saint Augustin (354-430)

  • « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père. »

    « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père. »

    Après la résurrection, Marie Madeleine a cherché le Seigneur au tombeau, a oublié sa promesse de revenir des enfers le troisième jour, l’a imaginé prisonnier de la terre… Une foi humble et ignorante cherche ce qu’elle ne sait pas, oublie ce qu’on lui apprend ; elle est prompte à vénérer, mais sa croyance est imparfaite. Elle se soucie des blessures que le Seigneur a portées dans sa chair, mais doute de la gloire de sa résurrection. Elle pleure parce qu’elle aime le Christ, elle s’afflige de n’avoir pas trouvé son corps ; elle imagine mort celui qui déjà régnait…

    On reproche donc à la bienheureuse Marie d’avoir été trop lente à croire (Lc 24,5s) ; tard elle avait reconnu le Seigneur. C’est pourquoi le Sauveur lui dit : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père »… C’est-à-dire, pourquoi désires-tu me toucher, toi qui, en me cherchant parmi les tombeaux, ne crois pas que je suis monté auprès de mon Père, toi qui, en me cherchant dans le séjour des morts, doutes que je sois retourné au ciel ; toi qui, en me cherchant parmi les morts, ne t’attends pas à me voir vivre auprès de Dieu, mon Père ? « Je ne suis pas encore monté vers le Père », dit-il, c’est-à-dire : pour toi je ne suis pas encore monté vers le Père, moi qui, d’après ta foi, suis toujours retenu au tombeau…

    Celui qui veut toucher le Seigneur doit d’abord, dans sa foi, le placer à la droite de Dieu ; son cœur, plutôt que de le chercher parmi les morts, doit le situer au ciel. Le Seigneur monte vers le Père, lui qui sait être toujours dans le Père… « Le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1)… Saint Paul nous apprend comment chercher nous aussi le Sauveur dans le ciel, en disant : « Recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ». Et pour nous faire oublier complètement la recherche terre à terre de Marie, il ajoute : « Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre » (Col 3,1-2). Ce n’est donc pas sur terre, ni sous terre, ni selon la chair, que nous devons chercher le Sauveur, si nous voulons le trouver et le toucher, mais dans la gloire de la majesté divine.

    Saint Maxime de Turin (?-v. 420)

  • « Allez annoncer à mes frères…qu’ils me verront. »

    « Allez annoncer à mes frères…qu’ils me verront. »

    L’ange avait dit aux femmes : « Vite, allez dire à ses disciples : ‘Il est ressuscité d’entre les morts ; il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez’ » (Mt 28,7). En disant cela, l’ange ne s’adressait pas à Marie Madeleine et à l’autre Marie, mais, en ces deux femmes, c’est l’Église qu’il envoyait en mission, c’est l’Épouse que l’ange envoyait vers l’Époux.           

    Tandis qu’elles s’en vont, le Seigneur vient à leur rencontre et les salue en disant : « Je vous salue, réjouissez-vous » (…) Il avait dit à ses disciples : « Ne saluez personne en chemin » (Lc 10,4) ; comment se fait-il que sur le chemin il accoure à la rencontre de ces femmes et les salue si joyeusement ? Il n’attend pas d’être reconnu, il ne cherche pas à être identifié, il ne se laisse pas questionner, mais il s’empresse, plein d’élan, vers cette rencontre. (…) Voilà ce que fait la puissance de l’amour ; elle est plus forte que tout, elle déborde tout. En saluant l’Église, c’est lui-même que le Christ salue, car il l’a faite sienne, elle est devenue sa chair, elle est devenue son corps, comme l’atteste l’apôtre Paul : « Il est la tête du corps, c’est-à-dire l’Église » (Col 1,18). Oui, c’est bien l’Église en sa plénitude que personnifient ces deux femmes. (…)           

    Il trouve ces femmes déjà parvenues à la maturité de la foi : elles ont dominé leurs faiblesses et elles se hâtent vers le mystère, elles cherchent le Seigneur avec toute la ferveur de leur foi. C’est pourquoi elles méritent qu’il se donne à elles lorsqu’il va à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue, réjouissez- vous ». Il les laisse non seulement le toucher, mais le saisir à la mesure de leur amour. (…) Ces femmes sont, dans l’Église, les modèles des messagers de la Bonne Nouvelle.

    Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450)

  • Dimanche de Pâques

    Dimanche de Pâques

    Tu endures les coups dans ta nature charnelle, Christ, vrai homme, afin de libérer Adam de la corruption, car c’est toi, Sauveur, qui en dehors de toute union charnelle as assumé sa nature et qui, en la clouant au gibet, l’as sauvée : c’est pourquoi sans trêve nous psalmodions : « Au-dessus de toute louange, Dieu de nos pères et notre Dieu, tu es béni. »

    Devant moi tu avais mis, pour garder l’arbre de la vie, deux gardiens, après que j’eus goûté dans l’Éden à l’arbre de la corruption : mais cet arbre sur lequel tu as étendu tes mains divines, voici qu’en revanche tu vas le déployer devant moi comme une route qui conduit à la jouissance de la vie immortelle. Au-dessus de toute louange, Dieu de nos pères et notre Dieu, tu es béni.

    Le soleil s’était enveloppé de ténèbres en te voyant, Christ, toi le véritable Soleil, franchir les portes closes de l’Hadès ; alors, pénétrant dans les ténèbres souterraines, la lumière de la vérité a fait, pour tous ceux qui étaient assis dans les ténèbres, briller le Jour sans déclin. Au-dessus de toute louange, Dieu de nos pères et notre Dieu, tu es béni.

    Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)

  • Le samedi saint

    Le samedi saint

     Voici l’heure où paraît la lumière bénie du Christ ; les purs rayons de l’Esprit se lèvent et le ciel ouvre les trésors de la gloire divine. La nuit vaste et obscure est engloutie, les ténèbres épaisses se dispersent, l’ombre triste de la mort se noie dans l’ombre. La vie déferle sur toute chose ; tout est rempli d’une lumière sans fin. L’Aurore des aurores monte sur la terre, et « celui qui était avant l’étoile du matin » (Ps 109,3), avant les astres, immortel et immense, le grand Christ, brille sur tous les êtres plus que le soleil.  

    Pour nous qui croyons en lui s’instaure un jour de lumière, vaste, éternel, que rien n’éteindra : c’est la pâque mystique, célébrée en préfiguration par la Loi, accomplie en vérité par le Christ, pâque magnifique, merveille de la force de Dieu, œuvre de sa puissance, la fête véritable, le mémorial éternel : la libération de toute souffrance naît de la Passion, l’immortalité naît de la mort, la vie naît du tombeau, la guérison naît de la blessure, le relèvement naît de la chute, l’ascension naît de la descente aux enfers. (…)  

    Ce sont les femmes d’abord qui l’ont vu ressuscité. Comme une femme avait introduit la première le péché dans le monde, de même elle porte, la première encore, la nouvelle de la vie. C’est pourquoi elles entendent cette parole sacrée : « Femmes, réjouissez-vous ! » (Mt 28,9 grec,) afin que la première tristesse soit engloutie dans l’allégresse de la résurrection. (…)  

    À la vue d’un si grand mystère — un homme montant maintenant avec Dieu — les puissances des cieux criaient avec joie aux armées des anges : « Princes, élevez vos portes ; élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera ! » Elles ont vu la merveille, la nature humaine unie à celle de Dieu, et ont clamé à leur tour : « Qui est ce Roi de gloire ? » Les autres ont répondu : « Le Seigneur des puissances, c’est lui le Roi de gloire, fort, vaillant et puissant dans le combat » (Ps 23,7s LXX).

    Une homélie grecque du 4e siècle

  • Le vendredi saint

    Le vendredi saint

    En échange de l’arbre qui a donné la mort,
    Poussé au milieu du Paradis (Gn 3,3),
    Tu as porté sur tes épaules le bois de la croix,
    Tu l’as monté sur le lieu appelé Golgotha.
    Soulage mon âme, tombée dans le péché
    Et portant un fardeau si lourd ;
    Soulage-la grâce au « joug doux »
    Et au « fardeau léger » de la croix (Mt 11,30).
    Le vendredi, à trois heures,
    Au jour où le premier homme a été séduit,
    Tu as été cloué, Seigneur, sur le bois
    En même temps que le larron criminel.
    Tes mains qui avaient créé la terre,
    Tu les as étendues sur la croix,
    En échange des mains d’Adam et d’Ève qui s’étaient tendues
    Vers l’arbre où elles avaient cueilli la mort.
    Moi qui ai péché comme eux,
    Et même les ai surpassés…
    Pardonne-moi mon délit
    Comme à eux dans la région d’où l’espoir est banni.
    Tu es monté sur la sainte croix,
    Tu as ôté la transgression des hommes ;
    Et l’ennemi de notre nature,
    Tu l’y as cloué.
    Fortifie-moi sous la protection
    De ce saint signe, toujours vainqueur,
    Et lorsqu’il se lèvera à l’Orient (Mt 24,30),
    Illumine-moi de sa lumière.
    Au larron qui était à ta droite
    Tu as ouvert la porte du Paradis ;
    Souviens-toi de moi aussi lorsque tu reviendras
    Avec la Royauté de ton Père (Lc 23,42).
    Que moi aussi j’entende prononcer
    La réponse qui fait exulter :
    « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans l’Éden,
    Dans ta patrie première ! »

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)