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  • Non seulement une nouvelle, mais une bonne nouvelle !

    Dans la mesure où notre monde veut être en rupture de Dieu, où on entend se passer de Dieu, s’organiser en deçà de Dieu, Dieu devient pour lui une nouveauté et le Dieu de l’Évangile redevient une nouvelle.

    Le chrétien en face de la déchristianisation, lutte souvent contre des faits, des évènements nouveaux, pour que dure la foi là où il est ; il apparaît comme l’homme du passé. Au contraire, en face de l’athéisme, le chrétien croyant, parce qu’il est croyant, pose par sa vie une hypothèse de Dieu, là même où il n’y a plus d’hypothèse de Dieu. Sa foi en Dieu est pour ce nouveau monde un phénomène encore plus nouveau.

    Le chrétien est pour ses frères un homme qui aime les choses du monde à leur valeur et dans leur réalité, mais il est aussi, un homme qui préfère à toutes ces choses le Dieu dont il est le croyant. Sa préférence l’amène à certains choix. On le voit ainsi choisir Dieu invisible. Ces choix sont, interrogation à neuf pour le monde, sur ce qui dépasse le monde.

    Quand des hommes ignorent que Dieu est leur bien, nous n’avons pas à nous aligner sur leur ignorance, leur misère. Nous ne devons pas seulement croire, mais comprendre que le Dieu vivant de l’Évangile peut être non seulement pour eux une nouvelle, mais une bonne nouvelle.

    Vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964)

     

     

  • Fête du Baptême de Notre Seigneur

    Le Christ est illuminé par le baptême, resplendissons avec lui ; il est plongé dans l’eau, descendons avec lui pour remonter avec lui. (…) Jean est en train de baptiser et Jésus s’approche : peut-être pour sanctifier celui qui va le baptiser ; certainement pour ensevelir tout entier le vieil Adam au fond de l’eau. Mais avant cela et en vue de cela, il sanctifie le Jourdain. Et comme il est esprit et chair, il veut pouvoir initier par l’eau et par l’Esprit. (…) Voici Jésus qui remonte hors de l’eau. En effet, il porte le monde ; il le fait monter avec lui. « Il voit les cieux se déchirer et s’ouvrir » (Mc 1,10), alors qu’Adam les avait fermés pour lui et sa descendance, quand il a été expulsé du paradis que défendait l’épée de feu.

    Alors l’Esprit atteste sa divinité, car il accourt vers celui qui est de même nature. Une voix descend du ciel, pour rendre témoignage à celui qui en venait ; et, sous l’apparence d’une colombe, elle honore le corps, puisque Dieu, en se montrant sous une apparence corporelle, divinise aussi le corps. C’est ainsi que, bien des siècles auparavant, une colombe est venue annoncer la bonne nouvelle de la fin du déluge (Gn 8,11). (…)

    Pour nous, honorons aujourd’hui le baptême du Christ, et célébrons cette fête de façon irréprochable. (…) Soyez entièrement purifiés, et purifiez-vous encore. Car rien ne donne à Dieu autant de joie que le redressement et le salut de l’homme : c’est à cela que tend tout ce discours et tout ce mystère. Soyez « comme des sources de lumière dans le monde » (Ph 2,15), une force vitale pour les autres hommes. Comme des lumières parfaites secondant la grande Lumière, soyez initiés à la vie de lumière qui est au ciel ; soyez illuminés avec plus de clarté et d’éclat par la sainte Trinité.

    Saint Grégoire de Nazianze (330-390)

     

     

  • « Il faut qu’il grandisse, et moi, que je diminue. »

    « Jean n’était pas la Lumière, mais il a été envoyé pour rendre témoignage à la Lumière. » (Jn 1,8) Le précurseur de la Lumière n’était pas la Lumière. Pourquoi alors l’appelle-t-on couramment « lampe qui brûle » (Jn 5,35) et « étoile du matin » ? Il était une lampe qui brûle et qui éclaire mais le feu dont il brûlait n’était pas le sien, la lumière dont il brillait n’était pas la sienne. Il était l’étoile du matin, mais il ne tirait pas de lui-même sa propre lumière : la grâce de celui dont il était le précurseur brûlait et resplendissait en lui. Il n’était pas la lumière, mais il participait à la lumière ; ce qui brillait en lui et par lui n’était pas de lui. (…)

    En effet, aucune créature, qu’elle soit douée de raison ou douée d’intelligence, n’est pas lumière par elle-même en sa propre substance ; elle participe à la Lumière unique et véritable, la Lumière substantielle qui est partout et en toutes choses que notre intelligence voit briller.

    Jean Scot Érigène (?-v. 870)

     

     

     

  • « Je le veux, sois purifié ! »

    Dieu, dans le peuple hébreu, en donna le symbole :
    Quiconque dans le camp était atteint de lèpre
    En était expulsé et banni au-dehors.
    Mais si, guérie sa lèpre, il avait trouvé grâce,
    Alors, avec l’hysope, avec le sang et l’eau purifié par le prêtre,
    Il retournait chez lui, rentrant en héritage (Lv 14,1s).

    Adam était tout pur dans le Jardin splendide,
    Mais il eut lèpre affreuse au souffle du Serpent.
    Le Jardin pur le rejeta, le chassa de son sein,
    Mais le Grand Prêtre alors (He 9,11) de là-haut le voyant
    Jeté dehors, daigna descendre jusqu’à lui,
    Le purifia par son hysope (cf Jn 19,29) et le fit rentrer en Paradis.

    Adam nu était beau : mais sa femme diligente
    Peina à lui tisser un habit de souillures.
    Le Jardin le voyant, et le trouvant hideux, dehors le repoussa.
    Mais pour lui par Marie fut faite une tunique neuve.
    Vêtu de cette parure et selon la promesse, le Larron resplendit :
    Et le Jardin, revoyant en son image Adam, l’embrassa (Lc 23,43).

    Saint Éphrem (v. 306-373)

     

     

  • « Tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. »

    Lorsque tu lis que Jésus « enseignait dans leurs synagogues et que tous célébraient ses louanges », prends garde d’estimer heureux ceux qui ont entendu le Christ alors et de te considérer comme privé d’enseignement. Car si l’Écriture est véridique, le Seigneur n’a pas seulement parlé autrefois dans les assemblées des juifs mais aujourd’hui aussi dans notre assemblée, et non seulement ici maintenant, mais dans les assemblées du monde entier. (…) Aujourd’hui Jésus est davantage « célébré par tous » qu’au temps où il n’était connu que dans une seule région. (…)

    « Le Seigneur m’a envoyé, dit-il, porter la bonne nouvelle aux pauvres. » Les pauvres signifient les païens ; en effet, ils étaient pauvres, ne possédant rien : ni Dieu, ni Loi, ni prophètes, ni justice, ni aucune force. Pourquoi Dieu l’a-t-il envoyé comme messager aux pauvres ? Pour « annoncer aux captifs la délivrance » — captifs, nous l’étions : prisonniers enchaînés si longtemps, assujettis au pouvoir de Satan. Et pour « annoncer aux aveugles qu’ils verront la lumière », car sa parole rend la vue aux aveugles. (…)

    « Jésus replia le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. » Maintenant encore, si vous le voulez, ici dans notre assemblée, vous pouvez fixer les yeux sur le Sauveur. Lorsque tu diriges le regard le plus profond de ton cœur à contempler la Sagesse et la Vérité, le Fils unique de Dieu, tu as les yeux fixés sur Jésus. Bienheureuse cette assemblée dont l’Écriture dit que « tous avaient les yeux fixés sur lui » ! Comme je voudrais que notre assemblée mérite ce même témoignage, et que les yeux de tous, catéchumènes et fidèles, femmes, hommes et enfants, voient Jésus avec les yeux de l’âme ! Car lorsque vous l’aurez contemplé, votre visage et votre regard seront illuminés de sa lumière et vous pourrez dire : « La lumière de ton visage a mis sa marque sur nous, Seigneur » (Ps 4,7 LXX).

    Origène (v. 185-253)

     

     

  • Bulletin n°131 (1er trimestre 2022)

    bulletin 131

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  • « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. »

    Ma joie, c’est le Seigneur,
    et mon élan se porte vers lui.
    Belle est ma route vers le Seigneur,
    car il est mon soutien.
    Il s’est fait connaître lui-même dans sa simplicité,
    sa bienveillance a diminué pour moi sa grandeur.
    Il s’est fait semblable à moi pour que je le reçoive ;
    il s’est fait semblable à moi pour que je le revête.
    Je n’ai pas été effrayé en le voyant,
    car il est ma miséricorde.
    Il a pris ma nature pour que je le comprenne,
    et mon visage pour que je ne me détourne pas de lui.
    Celui qui donne la connaissance est le Verbe, la Parole, de la connaissance.
    Lui qui a créé la sagesse est plus sage que tout ce qu’il a créé.
    Lui qui m’a créé, il savait avant que je ne sois
    ce que je ferais quand j’existerais.
    À cause de cela il a eu pitié dans sa miséricorde,
    il m’a accordé que je prie
    et que je reçoive de son sacrifice.

    Oui, Dieu est impérissable,
    il est la plénitude des mondes et leur Père.
    Il s’est manifesté aux siens,
    pour qu’ils connaissent celui qui les a faits,
    et ne s’imaginent plus tirer d’eux-mêmes leur origine.
    Il a ouvert une route à la connaissance,
    il l’a élargie, prolongée et conduite à sa perfection.
    Il a posé sur elle les empreintes de sa lumière,
    et ses traces, du début jusqu’au terme,
    car elle est son œuvre.

    Il a mis tout son amour dans le Fils.
    À cause de son salut, il exercera sa toute-puissance,
    et le Très-Haut sera connu par ses saints,
    pour annoncer la venue du Seigneur à ceux qui chantent,
    afin qu’ils aillent à sa rencontre
    et lui chantent dans la joie.

    Odes de Salomon (texte chrétien hébraïque du début du 2e siècle)

     

     

  • « L’heure était avancée… Tous mangèrent à leur faim. »

    Mon Bien-Aimé est pour moi la nuit tranquille,
    Semblable au lever de l’aurore,
    La mélodie silencieuse
    Et la solitude sonore,
    Le souper qui restaure, en enflammant l’amour.

    Dans les saintes Écritures, le repos du soir désigne la vision de Dieu. De même donc que le souper couronne les travaux du jour et ouvre le repos de la nuit, ainsi l’âme savoure dans la paisible connaissance dont nous parlons, un avant-goût de la fin de ses maux et l’assurance des biens qu’elle attend. Par là aussi, son amour pour Dieu prend de grands accroissements. C’est donc réellement pour elle « le souper qui recrée », en lui annonçant la fin de ses maux, et qui « enflamme l’amour », en lui assurant la possession de tous les biens.

    Pour mieux faire comprendre combien ce souper est délicieux à l’âme, puisque, nous l’avons dit, il n’est autre chose que le Bien-Aimé lui-même, rappelons les paroles de l’Époux dans l’Apocalypse : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre sa porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi » (Ap 3,20). Par là il nous donne à entendre qu’il apporte avec lui le repas, c’est-à-dire la saveur et les délices dont il se nourrit lui-même et qu’il communique à l’âme lorsqu’il s’unit à elle, afin qu’elle s’en nourrisse elle aussi. Tel est le sens de cette parole : « Je souperai avec lui, et lui avec moi » et tel est l’effet produit par l’union de l’âme avec Dieu : les biens mêmes de Dieu deviennent communs entre lui et l’âme épouse, parce qu’il les lui communique gratuitement et avec une souveraine libéralité. Dieu est donc lui-même ce « souper qui recrée en enflammant l’amour ». Il recrée son épouse par sa libéralité, il l’enflamme d’amour par la bienveillance qu’il lui témoigne.

    Saint Jean de la Croix (1542-1591)

     

     

  • « Une lumière s’est levée. » (Mt 4,16)

    Parce que la nature humaine, pétrifiée par le culte des idoles et figée par la glace du paganisme, avait perdu toute agilité vers le bien, à cause de cela le soleil de justice se lève sur ce rigoureux hiver et amène le printemps. En même temps que les rayons montent à l’Orient, le vent du sud fait fondre cette glace, en réchauffant toute la masse, afin que l’homme pétrifié par le froid soit pénétré de chaleur par l’Esprit et fonde sous les rayons du Verbe, et qu’il devienne à nouveau une source jaillissante pour la vie éternelle. « Il soufflera son vent et les eaux couleront » (Ps 147,7 LXX). C’est ce que le Baptiste proclamait ouvertement aux Juifs, lorsqu’il leur disait que les pierres se lèveraient pour devenir des enfants du Patriarche (cf. Mt 3,9), imitant sa vertu.

    Voilà ce que l’Église apprend du Verbe, quand elle reçoit l’éclat de la vérité par les fenêtres des prophètes et le treillis de la Loi, tant que le mur de la doctrine et ses figures, je veux dire la Loi, demeure (cf. Ct 2,9) ; il montre l’ombre des choses à venir, mais non pas l’image même des réalités. Mais derrière la Loi se tient la vérité qui suit la figure. Elle fait d’abord briller le Verbe pour l’Église par des prophètes, puis la révélation de l’Évangile dissipe tout le spectacle d’ombre des figures. Par elle « le mur de séparation est détruit » (Ep 2,14), et l’air dans la maison est envahi par la lumière céleste : point n’est besoin désormais de recevoir la lumière par des fenêtres, puisque la vrai lumière elle-même éclaire tout ce qui est à l’intérieur des rayons de l’Évangile.

    C’est pourquoi le Verbe qui redresse ceux qui sont brisés crie à l’Église à travers les fenêtres : Relève-toi (de ta chute, bien-sûr), toi qui avais glissé dans la boue du péché, toi qui avais été enchaînée par le serpent, qui étais tombée à terre et que la désobéissance avait entraînée dans la chute. Relève-toi !

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

     

     

  • L’or, l’encens et la myrrhe

    Guidés par l’étoile, les mages venant d’Orient jusqu’à Bethléem sont entrés dans la maison où la bienheureuse Vierge Marie demeurait avec l’enfant ; ouvrant leurs trésors, ils ont offert trois dons au Seigneur : l’or, l’encens et la myrrhe, par lesquels ils l’ont confessé vrai Dieu, vrai homme et vrai roi.

    Ce sont bien les dons que la sainte Église ne cesse d’offrir à Dieu son Sauveur. Elle offre l’encens lorsqu’elle le confesse et croit en lui comme étant le véritable Seigneur, créateur de l’univers ; elle offre la myrrhe lorsqu’elle affirme qu’il a pris la substance de notre chair, dans laquelle il a voulu souffrir et mourir pour notre salut ; elle offre l’or quand elle n’hésite pas à proclamer qu’il règne éternellement avec le Père et l’Esprit Saint. (…)

    Cette offrande peut recevoir un autre sens mystique. Selon Salomon, l’or signifie la sagesse céleste : « Le trésor le plus désirable se trouve dans la bouche du sage » (cf Pr 21,20) (…) Selon le psalmiste, l’encens symbolise la prière pure : « Que ma prière, Seigneur, s’élève devant toi comme un encens » (Ps 140,2). Car, si notre prière est pure, elle exhale vers Dieu un parfum plus pur que la fumée de l’encens ; et de même que cette fumée monte vers le ciel, ainsi notre prière se dirige vers le Seigneur. La myrrhe symbolise la mortification de notre chair. Donc nous offrons l’or au Seigneur lorsque nous resplendissons devant lui par la lumière de la sagesse céleste. (…) Nous lui offrons de l’encens lorsque nous élevons vers lui une prière pure. Et de la myrrhe lorsque, par l’abstinence, « mortifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises » (Ga 5,24), nous portons la croix à la suite de Jésus.

    Saint Bruno de Segni (v. 1045-1123)