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  • « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »

    Afin de blanchir la multitude, un seul s’est laissé noircir (…), car « il est bon, dit l’Écriture, qu’un seul homme meure pour le peuple ». Il est bon qu’un seul prenne « la ressemblance de la chair de péché » (Rm 8,3), et que toute la race ne soit pas condamnée pour le péché. La splendeur de l’essence divine se voile donc en la forme d’esclave, pour sauver la vie de l’esclave. L’éclat de la vie éternelle s’assombrit dans la chair pour purifier la chair. Pour éclairer les fils des hommes, le plus beau des enfants des hommes (Ps 44,3) doit s’obscurcir dans sa Passion, accepter la honte de la croix. Exsangue dans la mort, qu’il perde toute beauté, tout honneur, pour s’acquérir, belle et glorieuse, son Épouse sans tache ni ride, l’Église (Ep 5,27).

    Mais sous cette tente noire (Ct 1,5) (…), je reconnais le roi. (…) Je le reconnais et je l’embrasse. Je vois sa gloire qui est à l’intérieur ; je devine l’éclat de sa divinité, la beauté de sa force, la splendeur de sa grâce, la pureté de son innocence. La couleur misérable de l’infirmité humaine le couvre ; son visage est comme caché, défait, à l’heure où pour nous ressembler il est éprouvé comme nous, mais n’a pas péché.

    Je reconnais aussi la forme de notre nature souillée, je reconnais cette tunique de peau, le vêtement de nos premiers parents (Gn 3,21). Mon Dieu s’en est revêtu, prenant la forme de l’esclave, devenu semblable aux hommes (Ph 2,7) et habillé comme eux. Sous cette peau de chevreau, signe du péché, dont se couvrit Jacob (Gn 27,16), je reconnais la main qui n’a pas péché, la nuque jamais courbée sous l’emprise du mal. Je sais, Seigneur, que par nature tu es doux, humble de cœur, abordable, paisible, souriant, toi qui as été « oint de l’huile de joie plus que tes compagnons » (Mt 11,29 ;Ps 44,8). D’où te vient donc cette rude ressemblance d’Ésaü, cette affreuse apparence du péché ? Ah, c’est la mienne ! (…) Je reconnais mon bien, et sous mon visage je vois mon Dieu, mon Sauveur.

    Saint Bernard (1091-1153)

     

     

     

  • « Il est écrit dans votre Loi : ‘J’ai dit : Vous êtes des dieux’ .»

    « Dieu dit : faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gn 1,26). Comme si le Créateur entrait en lui-même ; comme si, en créant, non seulement il appelait du néant à l’existence en disant : « Qu’il soit ! », mais, d’une façon particulière, il tirait l’homme du mystère de son propre être. Cela est compréhensible parce qu’il ne s’agit pas seulement de l’être, mais de l’image. L’image doit reproduire, en un certain sens, « la substance » de son prototype. (…) Il est évident que cette ressemblance ne doit pas être entendue comme un « portrait », mais comme le fait pour un être vivant d’avoir une vie semblable à celle de Dieu. (…)

    En définissant l’homme comme « image de Dieu », le livre de la Genèse met en évidence ce par quoi l’homme est homme, ce par quoi il est un être distinct de toutes les autres créatures du monde visible. La science, on le sait, a fait et continue de faire, dans différents domaines, de nombreuses tentatives pour montrer les liens de l’homme avec le monde naturel, pour montrer sa dépendance de ce monde, afin de l’insérer dans l’histoire de l’évolution des différentes espèces.

    Tout en respectant ces recherches, nous ne pouvons pas nous limiter à elles. Si nous analysons l’homme au plus profond de son être, nous voyons qu’il se différencie du monde de la nature plus qu’il ne lui ressemble. C’est également dans ce sens que procèdent l’anthropologie et la philosophie lorsqu’elles cherchent à analyser et à comprendre l’intelligence, la liberté, la conscience et la spiritualité de l’homme. Le livre de la Genèse semble aller au-devant de toutes ces expériences de la science et, en disant de l’homme qu’il est « image de Dieu », il fait comprendre que la réponse au mystère de son humanité ne doit pas être cherchée dans sa ressemblance avec le monde de la nature. L’homme ressemble plus à Dieu qu’à la nature. C’est en ce sens que le psaume dit : « Vous êtes des dieux ! » (Ps 82,6), paroles que Jésus reprendra (Cf. Jn 10,34).

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

  • « Abraham a vu mon jour, et il a été dans la joie. »

    À cause de leur âge, Abraham et sa femme étaient devenus incapables de donner la vie ; dans leurs corps à tous deux, la jeunesse s’était éteinte, mais leur espoir en Dieu restait bien vivant ; il ne faiblissait pas, il était indestructible.

    C’est pourquoi Abraham, contre toute espérance, engendra Isaac, qui a été une figure accomplie du Seigneur. Il n’était pas naturel, en effet, que le sein déjà mort de Sarah puisse concevoir Isaac et qu’elle le nourrisse de son lait ; il ne l’était pas davantage que la Vierge Marie, sans connaître d’homme, conçoive le Sauveur du monde, et l’enfante sans perdre son intégrité… Devant la tente, l’ange avait dit au patriarche : « L’an prochain, à pareille époque, Sarah aura un fils » (Gn 18,14). L’ange aussi…dit à Marie : « Voici que la Comblée-de-Grâce va engendrer un fils » (Lc 1,28.31). Sarah avait ri en pensant à sa stérilité, en regardant son âge (v.12) ; sans croire à la parole, elle s’était écriée : « Comment Abraham et moi pourrions-nous avoir un enfant ? Nous sommes usés tous les deux ! » Marie, en songeant à la virginité qu’elle voulait garder, hésitait ; elle a dit : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais point d’homme ? » (Lc 1,34) La promesse était, certes, contre nature, mais celui qui, contre toute espérance, avait donné Isaac à Sarah, est vraiment né lui-même, selon la chair, de la Vierge Marie.

    Lorsqu’Isaac a vu le jour selon la parole de Dieu, Sarah et Abraham ont été remplis de joie. Lorsque Jésus est venu au monde selon l’annonce de Gabriel, Marie et Joseph ont été dans l’allégresse… « Qui aurait dit à Abraham que Sarah dans sa vieillesse allaiterait un fils ? » s’exclamait la stérile. « Qui aurait dit au monde que de mon sein virginal je nourrirais un enfant avec mon lait ? » s’écriait Marie. En fait, ce n’est pas à cause d’Isaac que Sarah s’est mise à rire, mais à cause de celui qui est né de Marie ; et comme Jean Baptiste a manifesté sa joie par son tressaillement dans le sein de sa mère, Sarah a manifesté la sienne en riant.

    Saint Éphrem (v. 306-373)

     

     

  • « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre. »

    « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir de la terre d’Égypte, de la maison de servitude. » (Ex 20,2) Ces paroles ne s’adressent pas seulement à ceux qui jadis sont sortis d’Égypte ; elles s’adressent plus encore à toi qui les écoutes maintenant, si toutefois tu sors d’Égypte. (…) Réfléchis : les affaires de ce monde et les actions de la chair ne seraient-elles pas cette maison de servitude et, à l’opposé, la fuite des choses de ce monde et la vie selon Dieu ne seraient-elles pas la maison de la liberté, selon ce que dit le Seigneur dans l’Évangile : « Si vous demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » ?

    Oui, l’Égypte est la maison de servitude ; Jérusalem et la Judée, la maison de liberté. Écoute l’apôtre Paul déclarer à ce sujet (…) : « La Jérusalem d’en haut est libre ; elle est notre mère à tous » (Ga 4,26). Et, de même que l’Égypte, cette province terrestre, est appelée « maison de servitude » pour les enfants d’Israël en regard de Jérusalem et de la Judée, qui deviennent pour eux maison de liberté, de même, en face de la Jérusalem céleste qui est, peut-on dire, la mère de la liberté, le monde entier avec tout ce qu’il contient est une maison de servitude. Il y avait eu autrefois, en châtiment du péché, passage du paradis de liberté à la servitude de ce monde(…) ; c’est pourquoi la première parole qui ouvre les commandements de Dieu concerne la liberté : « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir de la terre d’Égypte, de la maison de servitude ».

    Origène (v. 185-253)

     

     

     

  • « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, Je Suis. »

    Devant toi, le Sauveur pend à la croix, parce qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort sur la croix (Ph 2,8). (…) Devant toi, ton Sauveur pend à la croix, nu et démuni, parce qu’il a choisi la pauvreté. (…) Devant toi, ton Sauveur pend à la croix, le cœur ouvert. Il a répandu le sang de son cœur pour gagner ton cœur. Si tu veux le suivre dans la sainte chasteté, ton cœur doit se purifier de tout désir terrestre. (…) Les bras du Crucifié sont étendus pour t’attirer sur son cœur. Il veut ta vie pour te donner la sienne. Ave Crux, spes unica ! Salut, sainte croix, notre unique espérance !

    Le monde est en flammes. (…) Mais, au-dessus de toutes les flammes, se dresse la croix que rien ne peut consumer. Elle est le chemin de la terre au ciel. Celui qui l’embrasse avec foi, avec amour et dans l’espérance, elle l’emporte au sein de la Trinité. Le monde est en flammes. Sens-tu l’urgence de les éteindre ? Élève ton regard vers la croix. Du cœur ouvert jaillit le sang du Rédempteur, le sang qui éteint les flammes de l’enfer. Libère ton cœur (…) et le flot de l’amour divin le remplira jusqu’à le faire déborder et lui fera porter du fruit jusqu’aux confins de la terre.

    Entends-tu le gémissement des blessés sur tous les champs de bataille ? Tu n’es ni médecin ni infirmière, et tu ne peux pas panser leurs plaies. Tu es cloîtrée, dans ta cellule, et tu ne peux pas parvenir jusqu’à eux. Entends-tu le cri d’angoisse des mourants ? Tu voudrais être un prêtre et les assister. Es-tu émue de la détresse des veuves et des orphelins ? Tu voudrais être un ange consolateur et te porter à leur secours. Lève les yeux vers le Crucifié. Si tu es son épouse, dans la fidèle observance de tes vœux, son précieux sang sera aussi le tien. Liée à lui, tu seras présente partout, comme il l’est aussi. Non pas ici ou là, comme le médecin, l’infirmière ou le prêtre, mais sur tous les fronts, en chaque lieu de désolation — présente dans la force de la croix. (…)

    Les yeux du Crucifié se posent sur toi : ils t’interrogent, ils te scrutent. Es-tu prête à refaire alliance avec le Crucifié ? Que vas-tu lui répondre ? « Seigneur, à qui irions-nous ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Ave Crux, spes unica !

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. » (Jn 8,12)

    Avec quelle espérance aller à la rencontre du Christ, nous qui sommes asservis jusqu’à maintenant aux plaisirs de la chair ? (…)

    Le Christ est le Sauveur de l’âme et du corps. Celui qui suit ses traces est délivré du mal. (…)

    Notre Seigneur et notre Dieu, c’est Jésus Christ. L’intelligence qui le suit ne demeurera pas dans les ténèbres (cf. Jn 12,46). (…)

    La lumière de l’âme, c’est la sainte connaissance. L’insensé qui en est privé, chemine comme dans les ténèbres. (…)

    Celui qui aime Jésus sera délivré du mal. Et celui qui le suit verra la vraie connaissance. (…)

    Il cherche les raisons de Dieu, celui qui le vénère. Et il les trouve, celui qui est épris de la vérité. (…)

    Le Seigneur soutient, dans sa compassion, tous ceux qui tombent, et il redresse tous ceux qui ont été renversés (cf. Ps 144(145),14 LXX). (…)

    L’étude des paroles de Dieu enseigne la connaissance de Dieu à celui qui cherche en vérité, avec désir et piété. (…)

    Celui qui écoute le Christ s’éclaire. Et celui qui l’imite se redresse. (…)

    Le Christ, notre Seigneur et notre Dieu, c’est Jésus, lequel nous a donné la foi en lui, qui nous mène à la vie.

    Thalassius l’Africain

     

     

     

  • Un océan de miséricorde s’est ouvert

    Ô mon Jésus, en remerciement pour tant de grâces, je t’offre mon âme et mon corps, ma raison et ma volonté ainsi que tous les sentiments de mon cœur. Par mes vœux, je me suis donnée entièrement à Toi, je n’ai plus rien que je puisse T’offrir.

    Jésus m’a dit : « Ma fille, tu ne m’as pas donné ce qui est essentiellement tien. » Rentrant en moi-même je reconnus que j’aimais Dieu de toutes les forces de mon âme ; et ne pouvant découvrir ce que je ne n’avais pas livré à Dieu, je demandai : « Jésus, dis-le moi et je Te le livrerai immédiatement, de bon cœur. » Jésus me dit avec bienveillance : « Ma fille, livre-moi ta misère, car c’est ta propriété exclusive. »

    À ce moment, un rayon de lumière illumina mon âme, je connus tout l’abîme de ma misère ; au même instant, je me suis blottie dans le Très Saint Cœur de Jésus, avec une si grande confiance que même si j’avais eu sur la conscience les péchés de tous les damnés, je n’aurais pas douté de la miséricorde de Dieu, mais le cœur contrit, je me serais jetée dans l’abîme de Ta miséricorde. Je crois, ô Jésus, que Tu ne m’aurais pas repoussée loin de Toi, mais que Tu m’aurais absoute par la main de celui qui tient Ta place.

    Tu as rendu l’Esprit, Jésus, mais la source de vie a jailli pour les âmes et un océan de miséricorde s’est ouvert pour le monde entier. Ô source de vie, insondable miséricorde divine, étreins le monde entier, et submerge-nous.

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)

     

     

  • « La foule se divisa à son sujet. »

    Dans le mystère pascal sont dépassées les limites du mal multiforme auquel participe l’homme durant son existence terrestre : la croix du Christ, en effet, nous fait comprendre que les racines les plus profondes du mal plongent dans le péché et dans la mort ; ainsi devient-elle un signe eschatologique. C’est seulement à la fin des temps et lors du renouvellement définitif du monde qu’en tous les élus l’amour vaincra le mal en ses sources les plus profondes (…).

    Dans l’accomplissement eschatologique, la miséricorde se révélera comme amour, tandis que dans le temps, dans l’histoire humaine qui est aussi une histoire de péché et de mort, l’amour doit se révéler surtout comme miséricorde, et se réaliser sous cette forme. Le programme messianique du Christ, programme de miséricorde, devient celui de son peuple, de l’Église. Au centre même de ce programme se tient toujours la croix, puisqu’en elle la révélation de l’amour miséricordieux atteint son sommet. (…)

    Le Christ, le Crucifié, est la Parole qui ne passe pas (Mt 24,35). Il est celui qui se tient à la porte et frappe au cœur de tout homme (Ap 3,20), sans contraindre sa liberté, mais en cherchant à en faire surgir un amour qui soit non seulement acte d’union au Fils de l’homme souffrant, mais aussi une forme de miséricorde manifestée par chacun de nous à l’égard du Fils du Père éternel. Dans ce programme messianique du Christ et la révélation de la miséricorde par la croix, la dignité de l’homme pourrait-elle être plus respectée et plus grande, puisque cet homme, s’il est objet de la miséricorde, est aussi en même temps en un certain sens celui qui exerce la miséricorde ?

    Saint Jean-Paul II (1920-2005)

     

     

  • Personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler

    « Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria : ‘Vous me connaissez et vous savez d’où je suis. Pourtant je ne suis pas venu de moi-même, mais celui qui m’a envoyé dit la vérité et lui, vous ne le connaissez pas.’ » Ce qui revient à dire : « Vous me connaissez et vous ne me connaissez pas », ou bien encore : « Vous savez d’où je suis et vous ne le savez pas. Vous savez d’où je suis : Jésus de Nazareth ; vous connaissez aussi ma famille. » La seule chose qui leur était cachée en ce domaine, c’était sa naissance virginale. (…) Ils connaissaient de Jésus tout ce qui avait rapport à la nature humaine : son apparence, sa patrie, sa famille et le lieu de sa naissance. Le Seigneur avait donc raison de leur dire : « Vous me connaissez et vous savez d’où je suis », selon la chair et l’apparence humaine qu’il avait assumées.

    Tandis que selon la divinité, dit-il, « je ne suis pas venu de moi-même, et celui qui m’a envoyé et qui dit la vérité, vous ne le connaissez pas. » Or, si vous voulez le connaître, croyez en celui qu’il a envoyé et vous le connaîtrez. Car « personne n’a jamais vu Dieu, sinon le Fils unique qui est dans le sein du Père : lui l’a fait connaître » (Jn 1,18). Et encore : « Personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Lc 10,22). (…) « Moi, je le connais » : demandez–moi donc de vous le faire connaître. (…) « Je viens d’auprès de lui, et c’est lui qui m’a envoyé. » Magnifique affirmation d’une double vérité (…) : le Fils vient du Père, et tout ce qu’est le Fils, il le tient de celui dont il est Fils. C’est pourquoi nous disons que le Seigneur Jésus est « Dieu né de Dieu » (Credo), tandis que nous appelons le Père (…) simplement Dieu. Nous disons aussi que le Seigneur Jésus est « Lumière née de la Lumière », tandis que nous appelons le Père (…) simplement Lumière. Voilà ce que signifient ces paroles : « Je viens d’auprès de lui. »

    Saint Augustin (354-430)

     

     

  • « Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi, car c’est de moi qu’il a parlé. »

    Moïse a dit : « Le Seigneur notre Dieu vous suscitera, du milieu de vos frères, un prophète semblable à moi » (Dt 18,15). Moïse explique lui-même (…) ce qu’il vient d’annoncer : « C’est cela précisément que tu as demandé au Seigneur ton Dieu sur le mont Sinaï, au jour de l’assemblée, lorsque tu as dit : ‘Nous n’écouterons pas davantage la voix du Seigneur notre Dieu et nous ne regarderons plus ce grand feu : ce serait notre mort’ » (v. 16).

    Moïse affirme avec force qu’un rôle de médiateur lui a été assigné alors, puisque l’assemblée des juifs était encore incapable de contempler des réalités qui la dépassaient : vision de Dieu extraordinaire et terrifiante pour les yeux, sons de trompettes étranges et intolérables pour les oreilles (Ex 19,16). Le peuple avait donc la prudence de renoncer à ce qui excédait ses forces, et la médiation de Moïse remédiait à l’infirmité des hommes de sa génération : il était chargé de transmettre au peuple assemblé les commandements divins.

    Mais si tu cherches à découvrir sous ce symbole la réalité préfigurée, tu comprendras qu’elle vise le Christ, « Médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5) : c’est lui qui avec sa voix humaine, voix reçue lorsqu’il est né pour nous d’une femme, transmet aux cœurs dociles la volonté sublime de Dieu le Père, qu’il est seul à connaître en tant que Fils de Dieu et Sagesse de Dieu, « scrutant tout, même les profondeurs de Dieu » (1Co 2,10). Nous ne pouvions pas atteindre avec nos yeux de chair la gloire inexprimable, pure et nue, de celui qui est au-delà de tout — « l’homme ne pourra pas voir ma face, dit Dieu, et rester en vie » (Ex 33,20). Alors le Verbe, le Fils unique de Dieu, devait se conformer à notre faiblesse en revêtant un corps humain (…) selon le dessein rédempteur, pour nous révéler la volonté de Dieu le Père, comme il disait lui-même : « Tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15,15), et encore : « Je ne parle pas de moi-même, mais le Père qui m’a envoyé a commandé lui-même ce que je dois dire et faire connaître » (Jn 12,49).

    Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444)