Catégorie : Enseignement

  • Que le temple intérieur soit aussi beau que le temple de pierres

    Quand trois sont assemblés en ton nom (Mt 18,20), ils forment déjà une église. Garde les milliers ici rassemblés : leurs cœurs avaient préparé un sanctuaire avant que nos mains ne construisent celui-ci à la gloire de ton nom. Que le temple intérieur soit aussi beau que le temple de pierres. Daigne habiter dans l’un comme dans l’autre ; nos cœurs comme ces pierres sont marqués de ton nom.

    La toute-puissance de Dieu aurait pu s’élever une demeure aussi aisément que, d’un geste, elle a donné l’existence à l’univers. Mais Dieu a bâti l’homme afin que l’homme bâtisse des demeures pour lui. Bénie soit sa clémence qui nous a tant aimés ! Il est infini ; nous sommes limités. Il construit pour nous le monde ; nous lui construisons une maison. Il est admirable que l’homme puisse bâtir une demeure à la Toute-puissance partout présente, à qui rien ne saurait échapper.

    Il habite au milieu de nous avec tendresse ; il nous attire avec des liens d’amour (Os 11,4) ; il reste parmi nous et nous appelle afin que nous prenions le chemin du ciel pour habiter avec lui. Il a quitté sa demeure et a choisi l’Église pour que nous délaissions notre demeure et choisissions le paradis. Dieu a habité au milieu des hommes pour que les hommes rencontrent Dieu

    Liturgie syriaque

     

     

     

     

  • « Hélas, cela est resté caché à tes yeux. »

    C’est trop évident, aucune ville sainte d’ici-bas ne constitue le terme de notre pèlerinage dans le temps. Ce terme est caché au-delà de ce monde, au cœur du mystère de Dieu encore invisible pour nous ; car c’est dans la foi que nous cheminons, non dans la claire vision, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. La Jérusalem nouvelle, dont nous sommes dès à présent les citoyens et les enfants, c’est d’en haut qu’elle descend, d’auprès de Dieu. De cette cité, la seule cité définitive, nous n’avons pas encore contemplé la splendeur, sinon comme dans un miroir, d’une manière confuse, en tenant ferme la parole prophétique. Mais dès à présent nous en sommes les citoyens ou nous sommes invités à le devenir : tout pèlerinage spirituel reçoit son sens intérieur de cette destination ultime.

    Ainsi en était-il de la Jérusalem célébrée par les psalmistes. Montant à Jérusalem, Jésus lui-même et Marie sa mère ont chanté sur terre les cantiques de Sion : « Beauté parfaite, joie de toute la terre ». Mais c’est à cause du Christ, désormais, que la Jérusalem d’en haut nous attire, c’est vers lui que nous marchons d’une marche intérieure.

    Saint Paul VI

    (Références bibliques : 1Jn 3,2; Ga 4,26; Ap 21,2; 1Co 13,12; Ps 49,2; Ps 47,3)

     

     

     

  • « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison. »

    Recevons le Christ dans l’eucharistie comme l’a fait Zachée, le bon publicain (…) ; il s’est empressé de descendre de l’arbre et avec bonheur il a reçu Jésus dans sa maison. Mais il ne s’est pas contenté de l’accueillir avec une joie éphémère, fruit d’un attachement superficiel (…) : il en a donné la preuve par des œuvres de vertu. Il s’est mis en devoir de dédommager tout de suite toutes les personnes à qui il avait fait tort, et cela non pas chichement, mais au quadruple ; et il s’est engagé en outre à distribuer tout de suite aux pauvres la moitié de tout ce qu’il possédait — sur-le-champ, remarquez bien, tout de suite, sans attendre le lendemain. (…)

    Avec le même empressement, la même spontanéité, la même allégresse, la même joie spirituelle qui étaient ceux de cet homme le recevant chez lui, que notre Seigneur nous accorde la grâce de recevoir son corps et son sang très saints, son âme bénie et sa divinité toute-puissante, tant dans notre âme que dans notre corps. Et que le fruit de nos bonnes œuvres puisse rendre témoignage que nous le recevons dignement, avec cette foi totale et ce ferme propos de bien vivre qui s’imposent à ceux qui communient. Alors Dieu (…) dira sur notre âme comme jadis sur celle de Zachée : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison »

    Saint Thomas More (1478-1535)

     

     

     

     

  • « L’homme se mit à voir, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. »

    Je possède un si grand trésor. Je voudrais crier de joie et le proclamer à toute la création : louez le Seigneur, aimez le Seigneur qui est si grand, qui est Dieu. (…) Le monde ne voit pas ; le monde est aveugle et Dieu a besoin d’amour. Dieu a besoin de beaucoup d’amour. Je ne peux pas lui donner tout ce qu’il demande, je suis petit, je deviens fou, je voudrais que le monde l’aime, mais le monde est son ennemi. Seigneur, quel supplice si grand ! Je le vois et je ne peux pas y apporter le remède. Je suis trop petit, insignifiant. L’amour que j’ai pour toi m’écrase, je voudrais que mes frères, tous mes amis, tout le monde, t’aime beaucoup. (…)

    Quelle pitié me font les hommes qui, voyant le cortège de Jésus et de ses disciples, demeurent insensibles. Quelle joie devaient ressentir les apôtres et les amis de Jésus chaque fois qu’une âme ouvrait les yeux, se détachait de tout et les rejoignait à la suite du Nazaréen, lui qui ne demandait rien d’autre qu’un peu d’amour. Allons-nous le suivre, ma chère sœur ? Il voit notre intention et nous regarde, sourit et nous aide. Il n’y a rien à craindre ; nous irons pour être les derniers dans le cortège qui parcourt les terres de Judée, en silence, mais nourris d’un amour énorme, immense. Il n’a pas besoin de paroles. Nous n’avons pas à nous mettre à sa portée pour qu’il nous voie. Nous n’avons pas besoin de grandes œuvres, ni de rien qui attire l’attention : nous serons les derniers amis de Jésus, mais ceux qui l’aiment le plus

    Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938)

     

     

     

     

  • « Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. »

    Sans relâche, je rends grâce à mon Dieu, qui m’a gardé fidèle « au jour de ma tentation », si bien qu’aujourd’hui je peux avec confiance offrir mon âme en sacrifice, comme « une offrande vivante » au Christ mon Seigneur, qui « m’a gardé dans toutes mes angoisses ». C’est pourquoi je dis : « Qui suis-je, Seigneur ? » (…) « D’où me vient cette sagesse », qui n’était pas en moi, « car je ne connaissais pas le nombre de mes jours » et j’ignorais Dieu ? D’où m’est venu par la suite le don si grand et si salutaire de connaître Dieu et de l’aimer, au point de quitter patrie et famille (…), et de venir parmi les païens d’Irlande pour prêcher l’Évangile, subir des outrages de la part des incroyants (…), endurer beaucoup de persécutions, « et même des chaînes », jusqu’à donner ma liberté pour le bien d’autrui ?

    Si j’en suis digne, me voilà prêt à donner jusqu’à ma vie pour son nom, sans hésitation et avec joie ; je souhaite la mettre à son service jusqu’à la mort, si le Seigneur me le permet. Car je suis grandement débiteur à l’égard de Dieu, lui qui m’a accordé cette grâce si grande de faire renaître en Dieu des peuples nombreux par mon intermédiaire, puis de les conduire à la plénitude de la foi. Il m’a aussi permis d’ordonner en tout lieu des ministres pour ce peuple venu récemment à la foi, ce peuple que le Seigneur s’est acquis des extrémités de la terre, comme il en avait fait autrefois la promesse par ses prophètes : « À toi viendront les nations des extrémités de la terre », et « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

    Saint Patrick (v. 385-v. 461)

    (Références bibliques : Ps 94,9; Rm 12,1; 2S 7,18; Mt 13,54; Ps 38,5; 2Tm 2,9; Lc 1,70; Jr 16,19; Is 49,6; Ac 13,47)

     

     

  • « Toujours prier sans se décourager. »

    Bienheureux l’homme qui connaît sa propre faiblesse. Car cette connaissance est en lui le fondement, la racine, le principe de toute bonté. (…) Quand un homme sait qu’il est dénué de secours divin, il prie d’abondance. Et plus il prie, plus son cœur se fait humble. (…) Quand il a compris tout cela, il possède la prière dans son âme comme un trésor. Et tant sa joie est grande, il fait de sa prière une action de grâce. (…) Porté ainsi par cette connaissance et admirant la grâce de Dieu, il élève la voix, il loue et glorifie Dieu, il lui dit sa gratitude et parle au comble de l’émerveillement.

    Celui qui est parvenu en vérité, et non en imagination, à porter de tels signes et à connaître une telle expérience, celui-là sait ce que je dis, et que rien ne peut aller contre. Mais qu’il cesse désormais de désirer les choses vaines. Qu’il persévère en Dieu par la prière continuelle, dans la crainte d’être privé de l’abondance du secours divin.

    Tous ces biens sont donnés à l’homme dès lors qu’il connaît sa faiblesse. Par son grand désir du secours de Dieu, il approche Dieu en demeurant dans la prière. Et autant il approche Dieu par sa résolution, autant Dieu l’approche de ses dons, et il ne lui enlève pas sa grâce, à cause de sa grande humilité. Car un tel homme est comme la veuve qui ne cesse d’en appeler au juge pour qu’il lui rende justice contre son adversaire. Dans sa compassion Dieu retarde ses grâces pour que cette réserve incite l’homme à l’approcher et à demeurer auprès de celui d’où coule son bien, tant il a besoin de lui.

    Isaac le Syrien (7e siècle)

     

     

  • « On mangeait, on buvait, on achetait, on vendait. »

    Le Seigneur a fait à ses disciples de grandes recommandations pour que leur esprit secoue comme une poussière tout ce qui est terrestre dans la nature et s’élève au désir des réalités surnaturelles. C’est qu’il faut, quand on se tourne vers la vie d’en haut, être plus forts que le sommeil et garder toujours l’esprit vigilant. (…) Je parle de cet assoupissement de ceux qui sont enfoncés dans le mensonge de la vie par ces rêves illusoires que sont les honneurs, les richesses, le pouvoir, le faste, la fascination des plaisirs, l’ambition, la soif de jouissance, la vanité et tout ce que l’imagination entraîne les hommes superficiels à poursuivre follement. Toutes ces choses s’écoulent avec la nature éphémère du temps ; elles sont du domaine du paraître (…) ; à peine ont-elles paru exister, elles disparaissent comme les vagues sur la mer. (…)

    C’est pour que notre esprit soit dégagé de ces illusions que le Verbe, la Parole de Dieu, nous invite à secouer des yeux de l’âme ce sommeil profond, afin que nous ne glissions pas loin des réalités véritables en nous attachant à ce qui n’a pas de consistance. C’est pourquoi il nous propose la vigilance, en nous disant : « Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées » (Lc 12,35). Car la lumière, en brillant devant les yeux, chasse le sommeil, et les reins serrés par la ceinture empêchent le corps d’y succomber. (…) Celui qui est ceint par la tempérance vit dans la lumière d’une conscience pure ; la confiance filiale illumine sa vie comme une lampe. (…) Si nous vivons comme cela, nous entrerons dans une vie semblable à celle des anges.

    Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395)

     

     

     

  • « Au milieu de vous et au-dedans de vous. »

    « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous », dit le Seigneur. Reviens donc à Dieu de tout ton cœur, oublie ce monde misérable, et ton âme trouvera le repos. Apprends à te détacher des choses extérieures et à te tourner vers celles du dedans, et tu verras venir en toi le Royaume de Dieu. Car le Royaume de Dieu « c’est la paix et la joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17).

    Cette joie n’est pas donnée aux hommes sans foi. Le Christ viendra à toi et te fera sentir sa consolation, si tu lui as préparé au-dedans de toi une demeure digne de lui. « Toute sa gloire » et sa beauté « sont intérieures » (Ps 44,14 Vulg) : c’est là qu’il se plaît à habiter. Dieu visite souvent l’homme intérieur ; il lui accorde la douceur de sa parole et de ses consolations, une paix inépuisable, et une familiarité qui confond. Courage donc : prépare ton cœur pour cet Époux, afin qu’il daigne venir habiter en toi. Car « si quelqu’un m’aime, dit-il, il gardera à ma parole ; alors nous viendrons chez lui et nous établirons en lui notre demeure » (Jn 14,23).

    L’Imitation de Jésus Christ

     

     

     

  • « Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. » (1Co 3,17)

    On a souvent entendu dire que Moïse, après avoir fait sortir Israël d’Égypte, a construit dans le désert un tabernacle, une tente de sanctuaire, grâce aux dons des fils de Jacob. (…) Il faut bien voir, comme le dit l’apôtre Paul, que tout cela était un symbole (1Co 10,6). (…) C’est vous, mes frères, qui êtes maintenant le tabernacle de Dieu, le temple de Dieu, comme l’explique l’apôtre : « Le temple de Dieu est saint, et ce temple, c’est vous ». Temple où Dieu régnera éternellement, vous êtes sa tente parce qu’il est avec vous sur la route ; il a soif en vous, il a faim en vous. Cette tente est encore portée (…) dans le désert de cette vie, jusqu’à ce que nous parvenions à la Terre de la Promesse. Alors la tente deviendra Temple et le véritable Salomon en fera la dédicace « durant sept jours et encore sept jours » (1R 8,65), c’est-à-dire le double repos (…) de l’immortalité pour le corps et la béatitude pour l’âme.

    Mais pour le moment, si nous sommes de vrais fils spirituels d’Israël, si nous sommes spirituellement sortis d’Égypte, faisons chacun, faisons tous des offrandes pour la construction du tabernacle (…) : « Car chacun reçoit de Dieu son don particulier, l’un celui-ci, l’autre celui-là » (1Co 7,7). (…) Que tout soit donc commun à tous. (…) Que personne ne considère le charisme qu’il a reçu de Dieu comme son bien propre ; que personne ne soit jaloux d’un charisme que son frère aurait reçu. Mais que chacun regarde ce qui est à lui comme étant à tous ses frères, et qu’il n’hésite pas à considérer comme sien ce qui est à son frère. Selon son dessein miséricordieux, Dieu agit envers nous de telle sorte que chacun ait besoin des autres : ce que l’un n’a pas, il peut le trouver en son frère. (…) « À plusieurs nous ne formons qu’un seul Corps dans le Christ et, chacun pour sa part, nous sommes membres les uns des autres » (Rm 12,5).

    Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167)

     

     

     

  • L’humble service

    Avant la venue du Seigneur Jésus, les hommes tiraient gloire d’eux-mêmes. Il est venu comme un homme pour que diminue la gloire de l’homme et que grandisse la gloire de Dieu. Car il est venu sans le péché et nous a trouvés tous pécheurs. S’il est venu pour remettre les péchés, c’est parce que Dieu est miséricordieux : à l’homme donc de le reconnaître. Car l’humilité de l’homme c’est sa reconnaissance, et la grandeur de Dieu, sa miséricorde.

    S’il est venu pardonner à l’homme ses péchés, que l’homme donc prenne conscience de sa petitesse et que Dieu exerce sa miséricorde. « Il faut que lui grandisse et que je diminue » (Jn 3,30). C’est-à-dire : il faut que lui, il donne et que moi, je reçoive. Il faut qu’il ait la gloire et que je la reconnaisse. Que l’homme comprenne où est sa place, qu’il reconnaisse Dieu et entende ce que dit l’apôtre Paul à l’homme superbe et orgueilleux qui prétend s’élever : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Mais si tu as tout reçu, pourquoi t’enorgueillir comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1Co 4,7) Que l’homme qui voulait dire sien ce qui n’est pas à lui comprenne donc qu’il l’a reçu et qu’il se fasse tout petit, car il lui est bon que Dieu soit glorifié en lui. Qu’il se diminue donc en lui-même, afin qu’en lui Dieu grandisse.

    Saint Augustin (354-430)