Catégorie : Enseignement

  • Développer en nous le germe de l’amour

    L’amour de Dieu ne s’enseigne pas. Personne ne nous a appris à jouir de la lumière ni à tenir à la vie par-dessus tout ; personne non plus ne nous a enseigné à aimer ceux qui nous ont mis au monde ou nous ont élevés. De la même façon, ou plutôt à plus forte raison, ce n’est pas un enseignement extérieur qui nous apprend à aimer Dieu. Dans la nature même de l’être vivant – je veux dire de l’homme – se trouve inséré comme un germe qui contient en lui le principe de cette aptitude à aimer.

    C’est à l’école des commandements de Dieu qu’il appartient de recueillir ce germe, de le cultiver diligemment, de le nourrir avec soin, et de le porter à son épanouissement moyennant la grâce divine. Autant que le Saint-Esprit nous en donnera le pouvoir, nous nous efforcerons, avec l’aide de Dieu et de vos prières, d’exciter l’étincelle de l’amour divin caché en vous. (…)

    C’est en usant loyalement et convenablement de ces forces que nous vivons saintement dans la vertu ; en les détournant de leur fin, que nous sommes au contraire emportés vers le mal. Telle est, en effet, la définition du vice : l’usage abusif, et contraire aux commandements du Seigneur, des facultés que Dieu nous a données pour le bien, et telle, par conséquent, la définition de la vertu que Dieu exige de nous : l’usage consciencieux de ces facultés selon l’ordre du Seigneur.

    Cela étant, nous dirons la même chose de la charité. En recevant de Dieu le commandement de l’amour, nous avons aussitôt, dès notre origine, possédé la faculté naturelle d’aimer.

    Saint Basile (v. 330-379)

     

     

     

  • « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. » (1 Tim 2,4)

    Dieu n’a pas créé l’homme pour qu’il se perde, mais pour qu’il vive éternellement : ce dessein demeure immuable. Dès qu’il voit éclater en nous la plus petite étincelle de bonne volonté, ou qu’il la fait jaillir lui-même de la dure pierre de notre cœur, sa bonté en prend un soin attentif. Il l’excite, il la fortifie par son inspiration. Car « il veut que tous les hommes soient sauvés et qu’ils viennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tim 2,4)

    « C’est la volonté de votre Père qui est dans les cieux, dit le Seigneur, qu’il ne se perde pas un seul de ces petits. » (Mt 18,14) (…) Dieu est véridique ; et il ne ment pas, lorsqu’il assure avec serment : « Je suis vivant, dit le Seigneur Dieu : je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse de sa voie mauvaise et qu’il vive. » (Ez 33,11) C’est sa volonté qu’il ne se perde pas un seul de ces petits : peut-on bien penser dès lors, sans un sacrilège énorme, qu’il ne veuille pas le salut de tous généralement, mais seulement de quelques-uns ? Quiconque se perd, se perd contre sa volonté. Chaque jour, il lui crie : « Convertissez-vous de vos voies mauvaises ! Et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël ? » (Ez 33,11) Et de nouveau : « Que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ; et tu ne l’as pas voulu ! » (Mt 23,37) Ou bien : « Pourquoi ce peuple Jérusalem s’est-il détourné de moi avec tant d’opiniâtreté Ils ont endurci leurs fronts ; ils n’ont pas voulu revenir. » (Jr 8,5 ; 5,3 Vg)

    La grâce du Christ est donc toujours à notre disposition. Comme « il veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2,4), il les appelle aussi tous, sans exception : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai. » (Mt 11,28)

    Saint Jean Cassien (v. 360-435)

     

     

     

  • « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. » (Lc 13,24)

    En traversant jour après jour le temps de la vie présente, sauvez vos vies (cf. Lc 21,19) par les vertus, prenez des gages sur le royaume des cieux et amassez les biens inconcevables que nous réservent les promesses.

    Étroite et resserrée est la voie de Dieu (cf. Mt 7,14) mais large et spacieux (cf. Mt 7,13) le lieux du repos qui est sur le point de s’offrir à vous : les tentations du démon se succèdent et enflamment en quelque sorte votre demeure spirituelle, mais la rosée de l’Esprit éteint ces incendies et tient toute prête pour vous l’eau jaillissant en vie éternelle (cf. Jn 4,14). (…) Allons, mes enfants, désormais supportons vaillamment ce très petit nombre de jours, ou, pour mieux dire, ces jours qui nous sont donnés pour lutter, et ceignons-nous de la couronne de justice (cf. 2 Tm 4,8). (…)

    Je vous en conjure, aux afflictions présentes, opposons un cœur léger (cf. 2 Co 4,17) : elles ne sont rien, et à l’instar, d’un songe ou d’une ombre, elles sont bien vite passées ! Que rien ne vous fasse trembler, ni fléchir, mais avec une ardeur renouvelée, mettons en œuvre les commandements du Seigneur. Ne vous laisser pas attrister par un outrage, détourner par une injure, égarer par un reproche, abattre par une irritation, torturer par une attitude dédaigneuse ! Baissons les yeux, élevons notre âme, soyons bons les uns envers les autres, indulgents, persévérants, patients. (…)

    Or, vous avez appris tout cela vous qui êtes enseignés par Dieu. Faites ce qui lui plaît (cf. Jn 8,29) ; et enfin supportez courageusement les jours présents, mes enfants !

    Saint Théodore le Studite (759-826)

     

     

     

  • La foi du grain et la force du levain

    La foi d’un tout petit grain de sénevé,
    Figure du Royaume,
    Je ne l’ai pas reçues en mon âme,
    Afin que les montagnes perverses fussent transportées.

    Ni non plus, pareil aux oiseaux du ciel,
    Je ne me suis posé sur les branches du précepte,
    Où les âmes pures se reposent,
    Héritières du saint Tabernacle des cieux. (…)

    Je suis devenu un levain sans force et vieilli,
    Et non point, suivant la parabole, celui qui fait lever :
    le levain que la femme a caché dans la pâte,
    Comme l’Église, ton mystère.

    Ce levain, en effet, a été pris de Toi d’abord ;
    Grâce à lui furent avisés les Chœurs d’en-haut ;
    Et lorsqu’à notre masse, issue d’Adam,
    Il s’est uni intimement, tout a levé.

    Privé je le suis, moi seul, dans les deux cas
    Pour ce qui est de la lumière ineffable de la Sagesse ;
    Daigne m’en rendre participant de nouveau,
    Veuille me redonner ce que j’ai perdu.

    Saint Nersès Snorhali (1102-1173)

     

     

     

  • « Maître, que je voie ! »

    En toi, Dieu vivant, mon cœur et ma chair ont tressailli, et mon âme s’est réjouie en toi, mon vrai salut. Quand mes yeux te verront-ils, Dieu des dieux, mon Dieu ? Dieu de mon cœur, quand me réjouiras-tu de la vue de la douceur de ton visage ? Quand combleras-tu le désir de mon âme par la manifestation de ta gloire ?

    Mon Dieu, tu es mon héritage choisi entre tous, ma force et ma gloire ! Quand entrerai-je en ta puissance pour voir ta force et ta gloire ? Quand donc au lieu de l’esprit de tristesse me revêtiras-tu du manteau de la louange, pour qu’unie aux anges, tous mes membres t’offrent un sacrifice d’acclamation ? Dieu de ma vie, quand entrerai-je dans le tabernacle de ta gloire, afin de te chanter en présence de tous les saints, et de proclamer d’âme et de cœur que tes miséricordes pour moi ont été magnifiques ? Quand est-ce que le filet de cette mort se brisera, pour que mon âme puisse te voir sans intermédiaire ? (…)

    Qui se rassasiera à la vue de ta clarté ? Comment l’œil pourra-t-il suffire à voir et l’oreille à entendre, dans l’admiration de la gloire de ton visage ?

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301)

    (Références bibliques : Ps 83,3 ; Ps 70,16 ; Lc 1,47 ; Is 61,10 ; Ps 26,6 ; Gn 19,19)

     

     

     

  • « Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. » Lc 13,9

    Rendons grâce à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, de nous avoir rendus dignes de recevoir de lui un peu de joie dans l’abondance de nos peines. Il a en effet apaisé notre cœur abattu, en augmentant notre humilité et en fortifiant notre foi. Prions-le donc bien fort et avec les larmes de nous accorder sa pitié et son pardon. Qu’il nous rende dignes de dire : « Il a déchiré mon sac, il m’a ceint d’allégresse » (Ps 29,12). (…)

    Ce que Dieu cherche en nous, ce sont les fruits du Saint-Esprit ; il ne faut pas que nous y soyons négligents, car c’est sur eux que nous serons interrogés. Songeons à nous stimuler mutuellement, pour que nous produisions tous nos fruits en ce qui plaît à Dieu. Sachons que Dieu s’occupe de nous ; travaillons à ce qui est nécessaire au corps et efforçons-nous de devenir un temple pur pour Dieu. Eh bien, mes frères, veillez à ce qu’aucun d’entre vous ne soit exclu de l’assurance, au jour où la gloire du Seigneur se manifestera : « encore un peu, en effet, et vraiment celui qui viendra arrive et ne tardera pas ; mon juste vit de la foi » (He 10,37-38).

    Saint Théodore de Tabennèse (?-368)

     

     

     

  • Interroge les mystères invisibles de Dieu !

    Ciel et terre et tout ce qui est en eux, les voici de partout qui me disent de t’aimer, et ils ne cessent de le dire à tous les hommes, « pour qu’ils soient sans excuse » (Rm 1,20). Mais plus profondément, toi « tu auras pitié de qui tu voudras avoir pitié, et tu accorderas miséricorde à qui tu voudras faire miséricorde » (cf. Rm 9,15), sans quoi c’est à des sourds que le ciel et la terre disent tes louanges. (…)

    J’ai dit à tous les êtres qui entourent les portes de ma chair : « Dites-moi sur mon Dieu, puisque vous vous ne l’êtes pas, dites-moi sur lui quelque chose. » Ils se sont écriés d’une voix puissante : « C’est lui-même qui nous a faits » (Ps 99,3). Mon interrogation c’était mon attention ; et leur réponse, leur beauté.

    Est-ce qu’à tous ceux qui ont l’intégrité de leurs sens n’apparaît pas cette beauté ? Pourquoi donc ne tient-elle pas à tous le même langage ? Les animaux petits et grands la voient, mais ils ne peuvent interroger ; car il n’y a pas en eux ce juge préposé aux messages des sens qu’est la raison. Les hommes, eux, peuvent interroger afin que « les mystères invisibles » de Dieu « deviennent, par les êtres créés, intelligibles à leurs regards (cf. Rm 1,20).

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Ayons des cœurs embrasés !

    Hélas, quelle n’est pas notre misère ! Nous restons loin de Dieu et nous en souffrons si peu que nous ne le sentons même pas ! Je crois que la cause de notre tiédeur réside dans le fait que tant que l‘on n’a pas goûté à Dieu, l’on ne peut pas savoir ce que c’est que d’avoir faim, ni ce que c’est que d’être rassasié. C’est pour cela que nous n’avons pas faim de lui et que nous n’avons jamais assez des créatures. Notre cœur reste froid, il se partage entre Dieu et les choses créées, il est paresseux, sans force et sans goût pour les choses de Dieu.

    Or le Seigneur veut à son service, non pas des âmes tièdes, mais des cœurs embrasés au feu qu’il apporta sur terre et qu’il veut voir brûler (cf. Lc 12,49). Pour que ce feu brûle, il s’est laissé consumé sur la Croix. Il voulait que nous ramassions du bois de la Croix, afin de nous réchauffer à sa flamme et de répondre par l’amour à son immense amour ; car il est juste que nous soyons navrés d’une douce plaie d’amour quand nous voyons qu’il est non seulement blessé, mais mis à mort pour notre amour. Oui, il est juste que nous soyons la proie de l’amour de celui qui s’est livré par amour à des mains cruelles
    (…)

    Si le feu commence à prendre en nous, ayons soin de le couvrir de peur que le vent ne l’éteigne. Cachons-le sous la cendre de l’humilité et du silence, et il ne mourra pas. Mais surtout approchons du feu qui flambe et qui embrase, je veux dire de Jésus Christ notre Seigneur au Saint-Sacrement. Ouvrons notre âme, la bouche de notre désir et courons étancher notre soif à la source d’eau vive.

    Saint Jean d’Avila (1499-1569)

     

     

     

     

  • Heureux l’intendant fidèle qui distribue la mesure de blé

    Si nous nous demandons quelle est cette mesure de blé, saint Paul nous l’indique : « C’est la mesure de foi que Dieu vous a départie » (Rm 12,3). Ce que le Christ appelle mesure de blé, Paul le nomme mesure de foi pour nous apprendre qu’il n’y a pas d’autre blé spirituel que le vénérable mystère de la foi chrétienne. Cette mesure de blé, nous vous la donnons au nom du Seigneur chaque fois que, éclairés par le dons spirituel de la grâce, nous vous parlons selon la règle de la vraie foi. Cette mesure, vous la recevez par les intendants du Seigneur chaque jour où vous entendez de la bouche des serviteurs de Dieu la parole de vérité.

    Qu’elle soit notre nourriture, cette mesure de blé que Dieu nous donne en partage. Tirons-en l’aliment de notre bonne conduite afin de parvenir à la récompense de la vie éternelle. Croyons en celui qui se donne lui-même à nous comme nourriture pour que nous ne défaillons pas en chemin, et qui se réserve comme notre récompense pour que nous trouvions la joie dans la patrie. Croyons et espérons en lui ; aimons-le par-dessus tout et en tout. Car le Christ est notre aliment et il sera notre récompense. Le Christ est la nourriture et le réconfort des voyageurs en marche ; il est l’assouvissement et l’exultation des bienheureux en leur repos.

    Saint Fulgence de Ruspe (467-532)

     

     

     

  • Cette nuit même, on peut te redemander ta vie !

    « L’impie est orgueilleux tous les jours de sa vie. » (Jb 15,20 Vg) Les élus eux-mêmes ne sont pas à l’abri de l’orgueil en certaines de leurs pensées et même de leurs actions. Mais comme ils sont les élus, ils ne sauraient faire les superbes chaque jour puisque, avant de terminer leur vie, ils transforment leur cœur, qui de la démesure passe à la crainte dans l’humilité.

    L’impie, lui, ne passe pas un seul de ses jours sans superbe, puisqu’il termine sa vie sans se retirer un instant de sa démesure. De tous côtés son regard cherche ce qui fleurit dans le temps et il dédaigne de considérer où il est conduit pour l’éternité. C’est dans la vie de la chair qu’il met sa confiance et il attribue longue durée à ce qu’il tient dans l’instant. Son cœur s’affermit dans la démesure et tout son prochain est plongé dans le mépris. La soudaineté de la mort qui sourdement chemine, jamais il ne l’envisage ; l’incertitude de la félicité, jamais il n’y réfléchit. Un regard sur l’incertitude d’une vie fugitive, et il ne confondrait guère certain et incertain. De là encore cette sage parole : « Et le nombre des années de sa tyrannie est incertain. » (Jb 15,20 Vg) (…)

    Puisque la vie présente est toujours incertaine, la mort qui sourdement chemine doit être crainte sans cesse, elle qui ne peut jamais être prévue. (…) D’autre part, si notre créateur a voulu que le jour de notre fin nous soit caché, c’est pour que, dans l’incertitude du moment de notre mort, nous nous trouvions toujours préparés à mourir.

    Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)