Catégorie : Enseignement

  • L’Église, victorieuse des tempêtes

    L’Église, victorieuse des tempêtes

    Notre espérance, tout comme notre foi, qui en est la substance et la réalité, est dans le ciel, et là-haut elle reste fixée ; mais ici-bas elle soutient notre vie. Si, au nom du Christ et de sa Croix, dans le ciel les chœurs des anges (…) chantent devant le trône de Dieu « gloire, honneur, salut et bénédiction », ici-bas, l’Église des fidèles encore pèlerins met toute son espérance dans la Croix. « Ô Croix, salut, unique espérance ! » (Hymne de la Passion)

    L’océan de l’humanité s’agite, les peuples comme les flots se soulèvent et s’entrechoquent sous la pression des vents des passions sociales et politiques, les rivages et les plages de la paix sont battus et ébranlés par les flots déchaînés. (…) Qui commandera aux vents et aux tempêtes ? Qui rendra muets leur sifflement et leur rage ? (…)

    Ne craignez pas, mes frères. Sur les flots et sur les tempêtes marche dans l’ombre des tabernacles le Seigneur du ciel et de la terre ; non, il ne passera pas indifférent au-delà de notre barque agitée ; il viendra à nous et nous dira : « ayez confiance ; c’est moi, ne craignez pas. » (Mt 14, 27) N’a-t-il pas promis qu’il serait avec nous jusqu’à la consommation des temps ? (…) Ne croyons-nous pas en lui ? Ne le connaissons-nous pas peut-être ? Ah, qu’il n’ait pas à dire de nous, après tant de temps passé avec nous : « depuis tant de temps je suis avec vous et vous ne me connaissez pas ? » (Jn 14, 9)

    Nous sommes perdus au milieu de la tempête qui agite l’océan de la société et des peuples, mais dans la Croix du Christ, qui reste debout au milieu des bouleversements du monde, résident notre confiance et nos espoirs. C’est elle l’ancre qui, dans les flots déchaînés, donne la sécurité à la barque de l’Église et de notre âme, qui tend au port des biens suprêmes et invisibles ; c’est elle, l’ancre solidement fixée à Dieu et à ses promesses infaillibles.

    Vénérable Pie XII

  • La transmission du Credo : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! »

    La transmission du Credo : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! »

    Qu’il s’agisse d’étudier la foi ou de la confesser, acquiers et retiens seulement celle qui t’est transmise aujourd’hui par l’Église, celle qui s’appuie sur toute l’Écriture. Tous ne peuvent pas lire les Écritures ; les uns à cause de leur ignorance, les autres parce que leurs occupations les éloignent de la connaissance. Pour que cette ignorance n’entraîne pas la mort de l’âme, nous renfermons dans ces quelques versets du Credo tout l’enseignement de la foi…

    La foi dont tu viens d’entendre le texte, garde-la dans ta mémoire. Reçois aussi, quand le moment sera venu, sur chacun de ses articles, le témoignage des divines Écritures. Car ce n’est pas le caprice des hommes qui a composé ce résumé de la foi ; on a choisi les points les plus importants, à travers toute l’Écriture, pour récapituler l’ensemble de la foi. Et de même que la semence de moutarde renferme dans une petite graine de nombreux rameaux (Mt 13,32), de même ce symbole de la foi, en peu de mots, enveloppe toute la sagesse de la dévotion contenue dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

    Faites donc attention, mes frères, gardez l’enseignement qui vous est transmis maintenant, et « gravez-le sur les tables de vos cœurs » (2Co 3,3)… Comme dit l’apôtre Paul : « Je vous en adjure, en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses et en présence de Jésus Christ qui a rendu témoignage devant Ponce Pilate dans une belle profession de foi : gardez sans tache cette foi qui vous a été transmise, jusqu’à la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ » (1Tm 6,13s).

    Saint Cyrille de Jérusalem (313-350)

  • Renoncer à soi-même, prendre sa croix et suivre le Christ

    Renoncer à soi-même, prendre sa croix et suivre le Christ

    Ce que le Seigneur a commandé : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même » semble dur et pénible. Mais ce n’est ni dur ni pénible, parce que celui qui commande est celui qui aide à réaliser ce qu’il commande. Car si la parole du psaume « à cause des paroles de tes lèvres, j’ai suivi des chemins difficiles » (Ps 16,4) est vraie, elle est vraie aussi, la parole que Jésus a dite : « Mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger » (Mt 11,30). Car tout ce qui est dur dans le commandement, l’amour fait en sorte qu’il soit doux. Nous savons de quels prodiges l’amour est capable. Parfois l’amour est de mauvais aloi et dissolu ; mais que de difficultés endurent les hommes, que de traitements indignes et insupportables souffrent-ils pour parvenir à ce qu’ils aiment ! … Comme la grande affaire de la vie doit être de bien choisir ce que l’on doit aimer, est-il surprenant que celui qui aime Jésus Christ et qui veut le suivre se renonce à lui-même pour l’aimer ? …

    Que signifie ce qui suit : « Qu’il prenne sa croix » ? Qu’il supporte ce qui est pénible et qu’ainsi il me suive. Car lorsqu’un homme commencera à me suivre en se conduisant selon mes préceptes, il aura beaucoup de gens pour le contredire, beaucoup pour s’opposer à lui, beaucoup pour le décourager. Et cela de la part de ceux qui se prétendent compagnons du Christ. Ils marchaient avec le Christ, ceux qui empêchaient les aveugles de crier (Mt 20,31). Qu’il s’agisse de menaces, de flatteries ou d’interdictions, si tu veux suivre le Christ, change tout cela en croix ; endure, supporte, ne te laisse pas accabler…

    Vous aimez le monde ; mais il faut lui préférer celui qui a fait le monde… Nous sommes dans un monde qui est saint, qui est bon, réconcilié, sauvé, ou plutôt qui doit être sauvé, mais qui est sauvé dès maintenant en espérance. « Car nous sommes sauvés, mais c’est en espérance » (Rm 8,24). Dans ce monde donc, c’est-à-dire dans l’Église, qui tout entière suit le Christ, celui-ci dit à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même ».

    Saint Augustin (354-430)

  • « Mon Seigneur, notre Roi, c’est toi le seul Dieu. Viens me secourir, car je suis seule et je n’ai pas d’autre secours que toi. » (Est 14,4)

    « Mon Seigneur, notre Roi, c’est toi le seul Dieu. Viens me secourir, car je suis seule et je n’ai pas d’autre secours que toi. » (Est 14,4)

    Dans l’Evangile, Jésus nous invite à la prière : « Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira ». Ces paroles de Jésus sont très précieuses, parce qu’elles expriment la véritable relation entre Dieu et l’homme, et parce qu’elles répondent à un problème fondamental de toute l’histoire des religions et de notre vie personnelle. Est-il juste et bon de demander quelque chose à Dieu ? ou bien l’unique réponse correspondant à la transcendance et à la grandeur de Dieu ne consiste-t-elle pas à le glorifier, à l’adorer, à lui rendre grâce, en une prière qui sera donc désintéressée ? …

    Jésus ignore cette crainte. Jésus n’enseigne pas une religion pour élites, totalement désintéressée. L’idée de Dieu que Jésus nous enseigne est différente : son Dieu est très humain ; ce Dieu est bon et puissant. La religion de Jésus est très humaine, très simple — c’est la religion des simples : « Je te rends grâce, Père, Seigneur du ciel et de la terre, car tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et tu les as révélées aux petits » (Mt 11,25). Les petits, ceux qui ont besoin de l’aide de Dieu et le disent, comprennent beaucoup mieux la vérité que les intelligents qui, en refusant la prière de demande et en n’admettant que la louange désintéressée de Dieu, construisent une autosuffisance de l’homme qui ne correspond pas à son indigence, telle que l’expriment les paroles d’Esther : « Viens à mon aide ! » (14,4) Derrière cette noble attitude qui ne veut pas déranger Dieu avec nos petits malheurs, se cache le doute suivant : Dieu a-t-il le pouvoir de répondre aux réalités de notre vie, Dieu peut-il changer nos situations et entrer dans la réalité de notre vie terrestre ? …

    Si Dieu n’agit pas, s’il n’a pas pouvoir sur les événements concrets de notre vie, comment Dieu reste-t-il Dieu ? Et si Dieu est amour, l’amour ne trouvera-t-il pas une possibilité de répondre à l’espérance de celui qui aime ? Si Dieu est amour, et s’il ne pouvait pas nous aider dans notre vie concrète, l’amour ne serait pas l’ultime pouvoir du monde.

    Benoît XVI

  • « Dieu, crée pour moi un cœur pur. » (Ps 50,12)

    « Dieu, crée pour moi un cœur pur. » (Ps 50,12)

    La pureté du cœur correspond au degré d’amour et de grâce de Dieu ; aussi quand notre Sauveur appelle bienheureux ceux qui ont le cœur pur (Mt 5,8), il parle de ceux qui sont remplis d’amour, car la béatitude nous est donnée selon le degré de notre amour.
    Celui qui aime vraiment Dieu ne rougit point devant le monde de ce qu’il fait pour Dieu, et il ne le cache pas avec confusion, alors même que le monde entier viendrait à le condamner.
    Celui qui aime vraiment Dieu regarde comme un gain et une récompense la perte de toutes les choses créées, et la perte de lui-même par amour pour Dieu…

    Celui qui travaille pour Dieu avec un amour pur, non seulement ne s’inquiète pas d’être vu des hommes, mais n’agit même pas pour être vu de Dieu…
    C’est une grande chose que de s’exercer beaucoup dans le saint amour, car l’âme arrivée à la perfection et à la consommation de l’amour, ne tarde pas, soit en cette vie, soit en l’autre, à voir la face de Dieu.
    Celui qui a le cœur pur profite également de l’élévation et de l’abaissement pour devenir toujours plus pur, tandis que le cœur impur ne s’en sert que pour produire encore des fruits d’impureté.
    Le cœur puise en toutes choses une connaissance de Dieu savoureuse, chaste, pure, spirituelle, pleine de joie et d’amour.

    Saint Jean de la Croix (1542-1591)

  • « Passons sur l’autre rive. » (Lc 8,22)

    « Passons sur l’autre rive. » (Lc 8,22)

    « Jésus a obligé les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renvoyait les foules. » Les foules ne pouvaient pas partir vers l’autre rive ; elles n’étaient pas des Hébreux au sens spirituel du mot, qui se traduit : « les gens de l’autre rive ». Cette œuvre était réservée aux disciples de Jésus : partir pour l’autre rive, dépasser le visible et le corporel, ces réalités temporaires, et arriver les premiers vers l’invisible et l’éternel… Et pourtant les disciples n’ont pas pu précéder Jésus sur l’autre rive…; il voulait peut-être leur apprendre par l’expérience que sans lui il n’était pas possible d’y arriver… Qu’est-ce que cette barque dans laquelle Jésus oblige les disciples à monter ? Ne serait-ce pas la lutte contre les tentations et les circonstances difficiles ?…

    Ensuite il a gravi la montagne, à l’écart, pour prier. Pour qui prie-t-il ? Probablement pour les foules, pour que, renvoyées après avoir mangé les pains bénis, elles ne fassent rien de contraire à ce renvoi de Jésus. Pour les disciples aussi…, pour qu’il ne leur arrive rien de mal sur la mer à cause des vagues et du vent contraire. J’ai bien envie de dire que c’est grâce à la prière que Jésus adresse à son Père que les disciples n’ont subi aucun dommage, alors que la mer, les vagues et le vent s’acharnaient contre eux…

    Et nous, si un jour nous sommes aux prises avec des tentations inévitables, souvenons-nous que Jésus nous a obligés à nous embarquer ; il n’est pas possible de parvenir à l’autre rive sans supporter l’épreuve des vagues et du vent contraire. Puis, quand nous nous verrons entourés par des difficultés nombreuses et pénibles, fatigués de naviguer au milieu d’elles avec la pauvreté de nos moyens, pensons que notre barque est alors au milieu de la mer, et que ces vagues cherchent à « nous faire naufrage dans notre foi » (1Tm 1,19)… Soyons sûrs alors que vers la fin de la nuit, quand « la nuit sera avancée et le jour tout proche » (Rm 13,12), le Fils de Dieu arrivera près de nous afin de nous rendre la mer bienveillante en marchant sur ses eaux.

    Origène (v. 185-253)

  • « Tous mangèrent à leur faim. »

    « Tous mangèrent à leur faim. »

    En voyant que le jour courait vers le couchant, les apôtres du Rédempteur se hâtèrent d’aller le trouver en s’écriant : « Maître, le jour a baissé, tout ce peuple est consumé par le jeûne ; or l’endroit est désert, tu le sais. Renvoie-les avant que vienne le soir, pour qu’ils aillent acheter du pain dans les villages. Car ces gens-là ne sont pas capables de jeûner comme nous, à qui tu as donné la force parce que tu es le pain céleste d’immortalité.

    « Tu es, par ta nature, le grand sauveur du monde, et tu as enseigné à tous la connaissance ; en nourrissant le peuple avec des paroles de vérité, tu as guidé les hommes vers le chemin du salut en leur donnant de connaître la justice. Ils ont nourri spirituellement leurs âmes, mais maintenant ils ont besoin de prendre soin de leurs corps… Renvoie-les, car nous sommes très inquiets… Tu as enseigné la compassion pour tous à tes disciples et apôtres, car tu es le pain céleste d’immortalité… »

    Quand le Christ a entendu ces paroles, il répondit : « Vous vous trompez, ne sachant pas que je suis le Créateur du monde. Mais je veille sur le monde ; je sais bien de quoi ces gens-là ont besoin, je vois bien le désert et le soleil qui s’est couché, mais c’est moi qui ai fixé au soleil sa course. Je connais l’épuisement de la foule qui est là, je sais ce que je vais faire pour elle. Je remédierai moi-même à la faim, car je suis le pain céleste d’immortalité…

    « Vous pensez : ‘Qui nourrira cette foule dans le désert ?’ Eh bien, sachez clairement qui je suis, amis : c’est moi qui ai nourri Israël dans le désert et qui leur ai donné un pain du ciel. J’ai fait sortir l’eau du rocher dans un lieu aride, et en plus de tout cela je leur ai procuré des cailles à profusion, car je suis le pain céleste d’immortalité… »

    Multiplie ainsi en nous tous, Sauveur, la multitude de tes miséricordes, et de même que tu as rassasié la multitude dans le désert par ta sagesse et l’as nourrie par ta puissance, rassasie-nous tous de la justice, en nous raffermissant dans la foi, Seigneur. Nourris-nous tous, Compatissant ; donne-nous ta grâce et le pardon de nos fautes, puisque tu es le seul Christ, le seul miséricordieux, pain céleste d’immortalité.

    Saint Romanos le Mélode (?-v. 560)

  • Hérode cherche à voir le Christ

    Hérode cherche à voir le Christ

    « Personne n’a jamais vu Dieu. Le Fils unique qui est dans le sein du Père l’a révélé » (Jn 1,18). Le divin est inexprimable et incompréhensible : « Personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils, ni le Fils si ce n’est le Père » (Mt 11,27), et le Saint Esprit semblablement connaît ce qui est de Dieu. (…) Mais après cette première et bienheureuse connaissance divine, personne n’a jamais connu Dieu si ce n’est celui auquel Dieu lui-même s’est révélé. (…)

    Pourtant, Dieu ne nous a pas laissé dans une ignorance complète, car chacun a, semée par lui, la connaissance qu’il y a un Dieu. La création elle-même, par sa cohésion et par sa direction, proclame la magnificence de la nature divine (cf Rm 1,20). Ensuite la Loi et les prophètes, puis son Fils unique, le Seigneur, « notre Dieu et Sauveur Jésus Christ » (2P 1,1), ont manifesté la connaissance de Dieu, selon ce que nous pouvons atteindre. C’est pourquoi tout ce qui nous a été transmis par la Loi et les prophètes, par les apôtres et les évangélistes, nous l’acceptons, nous le connaissons, nous y appliquons notre dévotion et nous ne cherchons pas au-delà.

    Dieu est bon ; il pourvoit à tout bien. (…) Comme il sait tout et pourvoit à ce qui convient à chacun, il nous a révélé ce qu’il nous est utile de connaître et nous a tu ce que nous ne pouvons pas porter. Contentons-nous donc de cela et demeurons-y.

    Saint Jean de Damas (v. 675-749)

  • « ‘N’est-il pas le fils du charpentier ?’… Il ne fit pas beaucoup de miracles en cet endroit, à cause de leur manque de foi. »

    « ‘N’est-il pas le fils du charpentier ?’… Il ne fit pas beaucoup de miracles en cet endroit, à cause de leur manque de foi. »

    Aussi longtemps que je jouirai du souffle de vie que tu m’as accordé, Père saint, Dieu tout-puissant, je te proclamerai Dieu éternel, mais aussi Père éternel. Jamais je ne m’établirai juge de ta toute-puissance et de tes mystères ; jamais je ne ferai passer ma connaissance limitée avant la notion vraie de ton infini ; jamais je n’affirmerai que tu as existé autrefois sans ta Sagesse, ta Puissance et ton Verbe, Dieu, l’Unique Engendré, mon Seigneur Jésus Christ. Car même si le langage humain est faible et imparfait lorsqu’il parle de toi, il ne rétrécira pas mon esprit au point de réduire ma foi au silence, faute de mots capables d’exprimer le mystère de ton être…

    Déjà dans les réalités de la nature, il y a bien des choses dont nous ne connaissons pas la cause, sans pourtant en ignorer les effets. Et, lorsque de par notre nature, nous ne savons que dire de ces choses, notre foi se teinte d’adoration. Si je contemple le mouvement des étoiles…, le flux et le reflux de la mer…, la puissance cachée dans la plus petite semence…, mon ignorance m’aide à te contempler, car si je ne comprends pas cette nature qui est à mon service, je discerne ta bonté, du fait même qu’elle est là pour me servir. Moi-même, je perçois que je ne me connais pas, mais je t’admire d’autant plus… Tu m’as donné la raison et la vie et mes sens d’homme qui me causent tant de joies, mais je n’arrive pas à comprendre quel a été mon commencement d’homme.

    C’est donc en ne connaissant pas ce qui m’entoure, que je saisis ce que tu es ; et en percevant ce que tu es, je t’adore. C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de tes mystères, ne pas les comprendre n’amoindrit pas ma foi en ta toute-puissance… La naissance de ton Fils éternel dépasse la notion même d’éternité, elle est antérieure aux temps éternels. Avant tout ce qui existe, il est le Fils sorti de toi, Dieu Père ; il est vrai Dieu… Jamais tu n’as existé sans lui… Tu es le Père éternel de ton Unique Engendré, avant les temps éternels.

    Saint Hilaire (v. 315-367)

  • Imiter la patience du Seigneur

    Imiter la patience du Seigneur

    Notre Seigneur a été un modèle incomparable de patience : il a supporté un « démon » parmi ses disciples jusqu’à sa Passion (Jn 6,70). Il a dit : « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé » (Mt 13,29). Comme symbole de l’Église, il a prédit que le filet ramènerait sur le rivage, c’est-à-dire jusqu’à la fin du monde, toutes sortes de poissons, bons et mauvais. Il a fait connaître de plusieurs autres manières, soit ouvertement, soit par paraboles, qu’il y aurait toujours le mélange des bons et des méchants. Et pourtant il affirme qu’il faut veiller sur la discipline de l’Église quand il dit : « Si ton frère a péché contre toi, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute ; s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère » (Mt 18,15). (…)

    Mais aujourd’hui, nous voyons des hommes qui ne considèrent que les préceptes rigoureux, qui commandent de réprimer les perturbateurs, de « ne pas donner aux chiens les choses saintes », de « traiter comme un publicain » celui qui méprise l’Église, de retrancher du corps le membre scandaleux (Mt 7,6; 18,17; 5,30). Leur zèle intempestif trouble tellement l’Église qu’ils voudraient arracher l’ivraie avant le temps, et leur aveuglement les rend eux-mêmes ennemis de l’unité de Jésus Christ. (…)

    Prenons garde de ne pas laisser entrer dans notre cœur ces pensées présomptueuses, de chercher à nous séparer des pécheurs pour ne pas nous souiller à leur contact, de vouloir former comme un troupeau de disciples purs et saints. Nous ne ferions que rompre l’unité, sous le prétexte de ne pas fréquenter des méchants. Au contraire, rappelons-nous les paraboles de l’Écriture, ses paroles inspirées, ses exemples frappants, où il nous est montré que les méchants seront toujours mêlés aux bons dans l’Église, jusqu’à la fin du monde et au jour du jugement, sans que leur participation aux sacrements soit nuisible aux bons, tant que ceux-ci n’auront pas participé à leurs péchés.

    Saint Augustin (354-430)