Catégorie : Enseignement

  • Marie, « comblée de grâce » dans son Immaculée Conception

    « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ». Que peut-il y avoir de plus grand que cette joie, ô Vierge Mère ? Que peut-il y avoir au-dessus de cette grâce que tu es la seule à avoir reçue en partage de la part de Dieu ? Que peut-on concevoir de plus joyeux et de plus lumineux ? Tout demeure loin derrière tes merveilles ; tout se trouve au-dessous de ta grâce. Les privilèges les plus certains n’ont que le second rang et ne possèdent qu’un éclat bien moindre.

    « Le Seigneur est avec toi ». Qui oserait rivaliser avec toi sur ce point ? Dieu naît de toi. Qui donc ne te céderait la place aussitôt pour te laisser avec joie la première place et l’excellence ? C’est pourquoi, lorsque je te contemple placée au-dessus de toutes les créatures, je proclame hautement tes louanges : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ». La joie qui émane de toi n’est pas seulement accordée aux hommes mais aussi à toutes les puissances angéliques du ciel.

    ~ Dieu lui-même habite corporellement dans ton sein ; il en sort comme l’Époux (Ps 18,6) pour apporter à tous les hommes la joie et la lumière divines. C’est en toi, ô Vierge, que Dieu, comme dans un ciel très pur et lumineux, « a établi sa demeure » (cf. Ps 75,3). « De toi, il s’élance comme un époux quittant la chambre nuptiale » ; imitant « la course d’un géant, il va parcourir la carrière » de sa vie, qui apportera le salut à tous les vivants. S’étendant « d’une extrémité du ciel à l’autre » comme le soleil (Ps 18,6-7), il remplira toutes choses de son ardeur divine et de sa lumière vivifiante.

    Saint Sophrone de Jérusalem (?-639)

     

     

     

     

     

  • « Le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme en venant dans le monde. » (Jn 1,9)

    Ce jour que fit le Seigneur (Ps 117,24) pénètre tout, contient tout, embrasse à la fois ciel, terre et enfer ! La lumière qu’est le Christ n’est pas arrêtée par des murs, ni brisée par les éléments, ni assombrie par les ténèbres. La lumière du Christ, dis-je, est un jour sans nuit, un jour sans fin ; partout, elle resplendit, partout elle rayonne, partout elle demeure. Le Christ est le jour, dit l’apôtre Paul : « La nuit est avancée, le jour approche » (Rm 13,12). La nuit est avancée, dit-il, elle précède le jour. Entendez là que, dès que paraît la lumière du Christ, les ténèbres du diable se dispersent et la nuit du péché ne la suit pas ; la splendeur éternelle chasse les ombres d’hier, et arrête le progrès sournois du mal.

    L’Écriture atteste que le jour du Christ illumine le ciel, la terre, l’enfer. Il brille sur la terre : « Il était, dit Jean, la véritable lumière qui éclaire tout homme venant au monde » (Jn 1,9). Il luit dans les enfers. « Sur le peuple qui habitait le pays de l’ombre de la mort, dit le prophète, la lumière resplendit » (Is 9,1). Et dans les cieux, ce jour demeure, comme le dit David : « Sa postérité demeurera en tous les siècles, son trône subsistera aussi longtemps que le jour du ciel » (Ps 89,37).

    Saint Maxime de Turin (?-v. 420)

    évêque

     

     

     

     

  • C’est dans le silence de l’âme qu’elle se fait entendre.

    Le Père céleste a dit une seule parole : c’est son Fils. Il l’a dit éternellement et dans un éternel silence. C’est dans le silence de l’âme qu’elle se fait entendre.

    Parlez peu, et ne vous mêlez pas des choses sur lesquelles vous n’êtes pas interrogé.

    Ne vous plaignez de personne ; ne faites jamais de questions ou, s’il le faut absolument, que ce soit en peu de mots.

    Veillez à ne contredire personne, et ne vous permettez jamais une parole qui ne soit pas pure.

    Quand vous parlez, que ce soit de façon à n’offenser personne, et ne dites que des choses que vous puissiez sans crainte dire devant tout le monde.

    Ayez toujours la paix intérieure ainsi qu’une attention amoureuse pour Dieu, et quand il faudra parler, que ce soit avec le même calme et la même paix.

    Gardez pour vous ce que Dieu vous dit, et souvenez-vous de cette parole de l’Écriture : « Mon secret est à moi » (Is 24,16)…

    Pour avancer dans la vertu, il est important de se taire et d’agir, car en parlant on se distrait, tandis qu’en gardant le silence et en travaillant, on se recueille.

    Dès que l’on a appris de quelqu’un ce qu’il faut pour l’avancement spirituel, il ne faut pas lui demander d’en dire davantage ni continuer à parler, mais se mettre à l’œuvre sérieusement et en silence, avec zèle et humilité, avec charité et mépris de soi.

    Avant toutes choses, il est nécessaire et convenable de servir Dieu dans le silence des tendances désordonnées, comme de la langue, afin de n’entendre que des paroles d’amour.

    Saint Jean de la Croix (1542-1591)

    carme, docteur de l’Église

     

     

     

  • « J’ai pitié de cette foule. »

    L’Écriture inspirée nous l’a dit : « Ta miséricorde s’étend à tous, parce que tout t’est possible, parce que tu oublies les péchés des hommes dès qu’ils se tournent vers toi. Tu aimes tout ce qui existe ; tu ne prends en aversion rien de ce que tu as fait… Tu épargnes tous les êtres parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes la vie » (Sg 11,23s). Voilà ce qui le fait descendre du ciel et lui donne le nom de Jésus… : « Tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1,21). C’est son grand amour pour les hommes, sa compassion pour les pécheurs, voilà ce qui le fait descendre du ciel.

    Pourquoi donc consentir à voiler sa gloire dans un corps mortel s’il ne désirait ardemment sauver ceux qui se sont égarés, qui ont perdu tout espoir de salut ? Il le dit lui-même : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10). Plutôt que de nous laisser périr, il a fait tout ce qu’un Dieu tout-puissant peut faire selon tous ses divins attributs : il s’est donné lui-même. Et il nous aime tous de telle sorte qu’il veut donner sa vie pour chacun de nous, aussi absolument, aussi pleinement, que s’il n’y avait qu’un seul homme à sauver. Il est notre meilleur ami…, le seul véritable ami, et il déploie tous les moyens possibles pour obtenir que nous l’aimions en retour. Il ne nous refuse rien, si nous consentons à l’aimer…

    Ô mon Seigneur et mon Sauveur, dans tes bras je suis en sûreté. Si tu me gardes, je n’ai plus rien à craindre ; mais si tu m’abandonnes, je n’ai plus rien à espérer. Je ne sais rien de ce qui m’arrivera d’ici ma mort, je ne sais rien de l’avenir, mais je me confie à toi… Je m’en repose totalement sur toi, parce que tu sais ce qui est bon pour moi, et moi je ne le sais pas.

    Bienheureux John Henry Newman (1801-1890)

    cardinal, théologien, fondateur de l’Oratoire en Angleterre

     

     

     

  • « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. »

    Voici, mes bien-aimés, ce temps célébré avec tant de ferveur, et, comme dit l’Esprit Saint, temps de la faveur divine (Is 61,2 ; Lc 4,19), période de salut, de paix et de réconciliation ; temps jadis désiré très ardemment par les vœux et les aspirations instantes des anciens prophètes et patriarches, et qui a été vu enfin par le juste Syméon avec une joie débordante (Lc 2,26s). Puisqu’il a toujours été célébré par l’Église avec tant de ferveur, nous-mêmes devons aussi le passer religieusement dans les louanges et les actions de grâce adressées au Père éternel pour la miséricorde qu’il a manifestée dans ce mystère.

    Du fait qu’il est revécu chaque année par l’Église, nous sommes exhortés à rappeler sans cesse le souvenir de tant d’amour envers nous. Cela nous enseigne aussi que l’avènement du Christ n’a pas profité seulement à ceux qui vivaient à l’époque du Sauveur, mais que sa force devait être communiquée aussi à nous tous ; du moins si nous voulons, par le moyen de la foi et des sacrements, accueillir la grâce qu’il nous a méritée et diriger notre vie selon cette grâce en lui obéissant.

    Saint Charles Borromée (1538-1584), évêque

     

     

     

  • « Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place… au festin du Royaume des cieux. »

    « Image du Dieu invisible » (Col 1,15), le Christ est l’Homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché (Hé 4,15)…

    Devenu conforme à l’image du Fils, ce « Premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8,29), le chrétien reçoit « les prémices de l’Esprit » (Rm 8,23), qui le rendent capable d’accomplir la loi nouvelle de l’amour. Par cet Esprit, « gage de l’héritage » (Ep 1,14), c’est tout l’homme qui est intérieurement renouvelé, dans l’attente de « la rédemption du corps » (Rm 8,23)… Certes, pour un chrétien, c’est une nécessité et un devoir de combattre le mal au prix de nombreuses tribulations et de subir la mort. Mais, associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié par l’espérance, il va au-devant de la résurrection.

    Et cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous (Rm 8,32) et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal.

    Concile Vatican II

     

     

     

     

  • « Alors on verra le Fils de l’homme venir. »

    « Voici l’époux qui vient. » (Mt 25,6) Le Christ, notre époux, prononce ce mot. En latin le mot « venit » contient en lui deux temps du verbe : le passé et le présent ; ce qui ne l’empêche pas de viser aussi le futur. C’est pourquoi nous allons considérer trois avènements chez notre époux, Jésus Christ.

    Lors du premier avènement, il se fit homme à cause de l’homme, par amour. Le second avènement a lieu tous les jours, souvent et en mainte occasion, dans chaque cœur qui aime, accompagné de nouvelles grâces et de nouveaux dons, selon la capacité de chacun. Dans le troisième avènement, l’on considère celui qui aura lieu le jour du Jugement ou à l’heure de la mort…

    Le motif pour lequel Dieu a créé les anges et les hommes est sa bonté infinie et sa noblesse, puisqu’il a voulu le faire afin que la béatitude et la richesse qu’il est lui-même soient révélées aux créatures douées de raison, et que celles-ci puissent le savourer dans le temps, et jouir de lui au delà du temps, dans l’éternité.

    Le motif pour lequel Dieu s’est fait homme est son amour insaisissable et la détresse des hommes, car ils étaient altérés par la chute du péché originel et incapables de s’en guérir. Mais le motif pour lequel le Christ a accompli toutes ses œuvres sur terre non seulement selon sa divinité mais aussi selon son humanité est quadruple : à savoir son divin amour, qui est sans mesure ; l’amour créé, ou charité, qu’il possédait dans son âme, grâce à l’union avec le Verbe éternel et grâce au don parfait que lui en a fait son Père ; la grande détresse en laquelle se trouvait la nature humaine ; enfin, l’honneur de son Père. Voilà les motifs de l’avènement du Christ, notre époux, et de toutes ses œuvres.

    Bienheureux Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier

     

     

     

     

  • « Restez éveillés et priez en tout temps. »

    Celui qui veut prier en paix ne tiendra pas seulement compte du lieu, mais du temps. Le moment du repos est le plus favorable et lorsque le sommeil de la nuit établit partout un silence profond, la prière se fait plus libre et plus pure. « Lève-toi la nuit, au commencement des vigiles, et épanche ton cœur comme de l’eau devant le Seigneur ton Dieu » (Lm 2,19). Avec quelle sûreté la prière monte dans la nuit, quand Dieu seul en est témoin, avec l’ange qui la reçoit pour aller la présenter à l’autel céleste ! Elle est agréable et lumineuse, teinte de pudeur. Elle est calme, paisible, lorsqu’aucun bruit, aucun cri ne viennent l’interrompre. Elle est pure et sincère, quand la poussière des soucis terrestres ne peut pas la salir. Il n’y a pas de spectateur qui puisse l’exposer à la tentation par ses éloges ou ses flatteries.

    C’est pourquoi l’Épouse [du Cantique des Cantiques] agit avec autant de sagesse que de pudeur lorsqu’elle choisit la solitude nocturne de sa chambre pour prier, c’est-à-dire pour chercher le Verbe, car c’est tout un. Tu pries mal si en priant tu cherches autre chose que le Verbe, la Parole de Dieu, ou si tu ne demandes pas l’objet de ta prière par rapport au Verbe. Car tout est en lui : les remèdes à tes blessures, les secours dont tu as besoin, l’amendement de tes défauts, la source de tes progrès, bref tout ce qu’un homme peut et doit souhaiter. Il n’y a aucune raison de demander au Verbe autre chose que lui-même, puisqu’il est toutes choses. Si, comme il est nécessaire, nous paraissons demander certains biens concrets, et si, comme nous le devons, nous les souhaitons par rapport au Verbe, c’est moins ces choses elles-mêmes que nous demandons, que celui qui est la cause de notre prière.

    Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église

     

     

     

  • Fête de saint André, apôtre

    De même que l’œil sain et pur reçoit le rayon lumineux qui lui est envoyé, ainsi l’œil de la foi, avec la pupille de la simplicité, reconnaît la voix de Dieu aussitôt que l’homme l’entend. La lumière émanant de sa parole se lève en lui, il se lance joyeusement au-devant d’elle et il la reçoit, comme l’a dit notre Seigneur dans son Évangile : « Mes brebis entendent ma voix et elles me suivent » (Jn 10,27)…

    C’est avec cette pureté et cette simplicité que les apôtres ont suivi la parole du Christ. Le monde n’a pas pu les empêcher, ni les habitudes humaines les retenir, ni aucun des biens qui passent pour être quelque chose dans le monde les entraver. Ces âmes avaient senti Dieu et vivaient de la foi, et chez de telles âmes, rien dans le monde ne peut l’emporter sur la parole de Dieu. Celle-ci est faible dans les âmes mortes ; c’est parce que l’âme est morte que, de puissante, la Parole devient faible et que l’enseignement de Dieu, de valide, devient sans force chez elles. Car toute l’activité de l’homme se porte là où il vit ; celui qui vit pour le monde met au service du monde ses pensées et ses sens, tandis que celui qui vit pour Dieu se tourne vers ses commandements puissants dans toutes ses actions.

    Tous ceux qui ont été appelés ont obéi sur-le-champ à la voix qui les appelait lorsque le poids de l’amour des choses terrestres n’était pas suspendu à leur âme. Car les liens du monde sont un poids pour l’intelligence et les pensées, et ceux qui en sont liés et entravés entendent difficilement la voix de Dieu qui les appelle. Mais les apôtres et, avant eux, les justes et les pères n’étaient pas ainsi ; ils ont obéi comme des vivants, et ils sont sortis légers, parce que rien du monde ne les liait de son poids. Rien ne peut lier et entraver l’âme qui sent Dieu ; elle est ouverte et prête, en sorte que la lumière de la voix divine la trouve en état de la recevoir chaque fois qu’elle vient.

    Philoxène de Mabboug (?-v. 523), évêque en Syrie

     

     

     

  • « Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme. » (Mt 24,30)

    Veux-tu apprendre que la croix peut être signe du Royaume ? C’est avec ce signe que le Christ doit venir lors de son deuxième et glorieux avènement ! Pour que tu apprennes à quel point la croix est digne de vénération, il a fait d’elle un titre de gloire…

    Nous savons que sa première venue s’est produite dans le secret, et cette discrétion était justifiée : il était venu en effet chercher ce qui était mort. Mais cette deuxième venue ne se passera pas de la même manière… Il apparaîtra aussitôt à tous et personne n’aura besoin de demander si le Christ est ici ou là (Mt 24,26)… ; nous n’aurons pas besoin de chercher si le Christ est bien là. Mais ce qu’il faudra chercher, c’est s’il vient avec la croix…

    « Quand viendra le Fils de l’homme le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus son éclat. » (Mt 24,27) Si grande sera la gloire de sa lumière que devront ternir devant elle les astres les plus brillants. « Alors tomberont les étoiles et le signe du Fils de l’homme apparaîtra dans le ciel. » Vois-tu quel pouvoir a le signe de la croix ? « Le soleil s’obscurcira et la lune se cachera », et la croix au contraire brillera, bien visible, afin que tu saches que sa splendeur est plus grande que celle du soleil et de la lune. De même qu’à l’entrée du roi dans une ville, les soldats chargent sur leurs épaules les étendards royaux et les portent devant lui pour annoncer son arrivée, de même lorsque le Seigneur descendra du ciel, la cohorte des anges et des archanges, portant ce signe sur leurs épaules, nous préviendront aussi de l’arrivée de ce roi qu’est le Christ.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église