Catégorie : Enseignement

  • « Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn 12,24)

    « Un homme a pris une graine de moutarde et l’a jetée dans son jardin ; elle pousse et devient un arbre, et les oiseaux du ciel s’abritent dans ses branches. » Cherchons à qui s’applique tout cela… Je pense que la comparaison s’applique plus justement au Christ notre Seigneur qui, en naissant dans l’humilité de la condition humaine, comme une graine, monte finalement au ciel comme un arbre. Il est grain, le Christ broyé dans la Passion ; il devient un arbre dans la résurrection. Oui, il est une graine quand, affamé, il souffre de manquer de nourriture ; il est un arbre quand, avec cinq pains, il rassasie cinq mille personnes (Mt 14,13s). Là il subit le dénuement de sa condition d’homme, ici il répand le rassasiement par la force de sa divinité.

    Je dirais que le Seigneur est grain lorsqu’il est frappé, méprisé, injurié ; il est arbre quand il rend aux aveugles la vue, qu’il ressuscite les morts et remet les péchés. Lui-même reconnaît qu’il est grain : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas… » (Jn 12,24)

    Saint Maxime de Turin (?-v. 420), évêque

     

     

     

  • La liberté de l’homme

    La liberté de l’homme : Dieu a créé l’homme raisonnable en lui conférant la dignité d’une personne douée de l’initiative et de la maîtrise de ses actes. « Dieu a ‘laissé l’homme à son propre conseil’ (Si 15,14) pour qu’il puisse de lui-même chercher son Créateur et, en adhérant librement à lui, parvenir à la pleine et bienheureuse perfection » ; « L’homme est raisonnable, et par là semblable à Dieu, créé libre et maître de ses actes » (saint Irénée)…

    La liberté de l’homme est finie et faillible. De fait, l’homme a failli. Librement, il a péché. En refusant le projet d’amour de Dieu, il s’est trompé lui-même ; il est devenu esclave du péché. Cette aliénation première en a engendré une multitude d’autres. L’histoire de l’humanité, depuis ses origines, témoigne des malheurs et des oppressions nés du cœur de l’homme, par suite d’un mauvais usage de la liberté… En s’écartant de la loi morale, l’homme porte atteinte à sa propre liberté, il s’enchaîne à lui-même, rompt la fraternité de ses semblables et se rebelle contre la vérité divine.

    Par sa croix glorieuse, le Christ a obtenu le salut de tous les hommes. Il les a rachetés du péché qui les détenait en esclavage. « C’est pour la liberté que le Christ nous a libérés » (Ga 5,1). En lui, nous communions à « la vérité qui nous rend libres » (Jn 8,32). L’Esprit Saint nous a été donné et, comme l’enseigne l’apôtre Paul, « là où est l’Esprit, là est la liberté » (2Co 3,17). Dès maintenant, nous nous glorifions de la « liberté des enfants de Dieu » (Rm 8,21).

    La grâce du Christ ne se pose nullement en concurrente de notre liberté, quand celle-ci correspond au sens de la vérité et du bien que Dieu a placé dans le cœur de l’homme. Au contraire, comme l’expérience chrétienne en témoigne notamment dans la prière, plus nous sommes dociles aux impulsions de la grâce, plus s’accroissent notre liberté intime et notre assurance dans les épreuves, comme devant les pressions et les contraintes du monde extérieur. Par le travail de la grâce, l’Esprit Saint nous éduque à la liberté spirituelle pour faire de nous de libres collaborateurs de son œuvre dans l’Église et dans le monde.

    Catéchisme de l’Église catholique

     

    Bonne semaine … Bon lundi …. Dans la communion de tous les Saints !

     

     

     

  • « Maître, que je voie. »

    En toi, Dieu vivant, mon cœur et ma chair ont tressailli, et mon âme s’est réjouie en toi, mon vrai salut. Quand mes yeux te verront-ils, Dieu des dieux, mon Dieu ? Dieu de mon cœur, quand me réjouiras-tu de la vue de la douceur de ton visage ? Quand combleras-tu le désir de mon âme par la manifestation de ta gloire ?

    Mon Dieu, tu es mon héritage choisi entre tous, ma force et ma gloire ! Quand entrerai-je en ta puissance pour voir ta force et ta gloire ? Quand donc au lieu de l’esprit de tristesse me revêtiras-tu du manteau de la louange, pour qu’unie aux anges, tous mes membres t’offrent un sacrifice d’acclamation ? Dieu de ma vie, quand entrerai-je dans le tabernacle de ta gloire, afin de te chanter en présence de tous les saints, et de proclamer d’âme et de cœur que tes miséricordes pour moi ont été magnifiques ? Quand est-ce que le filet de cette mort se brisera, pour que mon âme puisse te voir sans intermédiaire ?…

    Qui se rassasiera à la vue de ta clarté ? Comment l’œil pourra-t-il suffire à voir et l’oreille à entendre, dans l’admiration de la gloire de ton visage ?

    Sainte Gertrude d’Helfta (1256-1301), moniale bénédictine

     

    (Références bibliques : Ps 83,3 ; Ps 70,16 ; Lc 1,47 ; Is 61,10 ; Ps 26,6 ; Gn 19,19)

  • Enfin répondre à l’appel de Dieu de se convertir

    Elles me retenaient, mes vieilles idées amies, ces bagatelles de bagatelles, ces vanités de vanités ! À petits coups elles me tiraient par ma robe de chair et murmuraient à mi-voix : « Tu nous congédies ? Fini pour jamais ! À partir du moment qui vient nous ne serons plus avec toi, il ne te sera plus permis de faire ceci, de faire cela. » Oh ! ce qu’elles suggéraient, mon Dieu ! J’hésitais à me débarrasser d’elles, à bondir où j’étais appelé ; l’habitude me disait, tyrannique : « Crois-tu que tu pourras vivre sans elles ? » Mais déjà sa voix était molle, car du côté où je tournais mon visage et où je tremblais de passer, la chaste dignité de la continence m’invitait noblement et gracieusement à venir sans plus balancer, me montrant une foule de bons exemples : « C’est le Seigneur leur Dieu qui m’a donnée à eux. Pourquoi t’appuyer sur toi-même alors que tu ne te tiens pas debout ? Jette-toi en lui, n’aie pas peur. Il ne va pas se dérober pour que tu tombes. Jette-toi sans crainte ; il te recevra et te guérira ».

    Cette dispute dans mon cœur n’était qu’une lutte de moi-même contre moi-même. Quand mon regard avait enfin tiré du fond de mon cœur toutes mes misères, il s’est levé une grosse tempête de larmes. Pour laisser crever l’orage, je me suis levé et suis sorti. Sans trop savoir comment, je me suis étendu sous un figuier, je lâchais complètement mes larmes, elles ont jailli à flots, sacrifice digne de toi, mon Dieu. Et je t’ai dit sans retenue : « Et toi, Seigneur, jusques à quand ? Jusques à quand seras-tu irrité ? Ne garde pas le souvenir de nos vieilles iniquités » (Ps 6,4 ;78,5). Je poussais des cris pitoyables : « Dans combien de temps ? Combien de temps ? Demain, toujours demain. Pourquoi pas tout de suite ? ».

    Et voici que j’entendais une voix venant d’une maison voisine, voix d’enfant ou de jeune fille, qui chantait et répétait : « Prends et lis ! Prends et lis ! » À l’instant, je me suis repris et cherchais à me rappeler si c’était le refrain habituel d’un jeu d’enfant ; rien de tel ne me venait en mémoire. Refoulant mes larmes, je me suis levé dans l’idée que le ciel m’ordonnait d’ouvrir le livre de l’apôtre Paul et de lire le premier passage sur lequel je tomberais. Je suis rentré en hâte et j’ai pris le livre et j’ai lu ce que j’ai vu en premier : « Non, pas de ripailles et de soûleries, pas de coucheries et d’impudicités, pas de disputes et de jalousies, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ. Ne cherchez plus à contenter la chair dans ses convoitises » (Rm 13,13s). Ce n’était pas la peine d’en lire davantage ; je n’en avais plus besoin. Ces lignes à peine achevées, une lumière de sécurité s’est déversée dans mon cœur et toutes les ténèbres de mon incertitude ont été dissipées.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

  • « Le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger ? »

    Nous venons d’entendre l’évangile où Jésus critique ceux qui savaient reconnaître l’aspect du ciel, mais n’étaient pas capables de découvrir le temps où il était urgent de croire au Royaume des cieux. C’est aux juifs qu’il disait cela, mais cette parole parvient jusqu’à nous. Or le Seigneur Jésus Christ lui-même a commencé ainsi sa prédication : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 4,17). Jean Baptiste, son précurseur, avait commencé de la même façon : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 3,2). Et maintenant le Seigneur les blâme parce qu’ils ne veulent pas se convertir alors que le Royaume des cieux est proche…

    C’est à Dieu de savoir quand viendra la fin du monde : quoi qu’il en soit, c’est maintenant le temps de la foi… Pour chacun de nous le temps est proche, parce que nous sommes mortels. Nous marchons au milieu des dangers. Si nous étions de verre, nous les redouterions moins. Quoi de plus fragile qu’un récipient de verre ? Pourtant on le conserve et il dure des siècles, car on redoute pour lui une chute, mais non pas la vieillesse ni la fièvre. Nous sommes donc plus fragiles et plus faibles, et cette fragilité nous fait craindre chaque jour tous les accidents qui sont constants dans la vie des hommes. Et s’il n’y a pas d’accidents, il y a le temps qui marche. L’homme évite les heurts ; évite-t-il la dernière heure ? Il évite ce qui vient de l’extérieur ; peut-il chasser ce qui naît au-dedans de lui ? Parfois n’importe quelle maladie le domine subitement. Enfin, l’homme aurait-il été épargné toute sa vie, lorsqu’à la fin la vieillesse est venue, il n’y a plus de délai.

    Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église

     

     

     

     

  • Jésus, cause de division entre les hommes

    Le Christ annonce maintenant ce qui va suivre sa prédication. Face au christianisme, le monde entier s‘est divisé, les uns se sont dressés contre les autres. Chaque maison eut ses incroyants, ses croyants ; une guerre bonne fut apportée pour rompre une paix mauvaise. Il est écrit dans la Genèse que Dieu procéda à peu près ainsi contre les hommes rebelles qui, venus de l’Orient, élevaient hâtivement une tour pour pénétrer dans les hauteurs du ciel (Cf. Gn 11,1-9): Il mit chez eux la guerre. D’où la prière de David : disperse, Seigneur, les peuples qui veulent la guerre (Cf. Ps 67(68),31).

    L’ordre est nécessaire en toute affection. Aime ton père, aime ta mère, aime tes fils après Dieu. S’il devient inévitable de mettre en balance l’amour de ses parents et de ses enfants avec l’amour de Dieu sans qu’il soit possible de les conserver tous les deux, alors, ne pas préférer les siens est piété envers Dieu.

    Saint Jérôme (347-420), prêtre, traducteur de la Bible, docteur de l’Église

     

     

     

  • « Tenez-vous prêts »

    « Voici que je viens comme un voleur. Heureux celui qui veille et qui garde ses vêtements » dit le Seigneur (Ap 16,15)… Quand le Christ dit que sa venue est proche et pourtant qu’elle viendra subitement, de façon inattendue, il dit que pour nous cette attente paraitra longue… Comment se fait-il que le christianisme sans cesse défaille, et que pourtant il dure ? Dieu seul le sait, lui qui le veut ainsi, c’est un fait ; et il n’y a pas de paradoxe à affirmer que ce temps de l’Église a duré presque deux mille ans, qu’il peut durer encore longtemps, et que cependant il marche vers sa fin, qu’il peut même finir n’importe quel jour. Et le Seigneur veut que nous restions tournés de tout notre être vers l’imminence de son retour ; il s’agit de vivre comme si ce qui peut arriver n’importe quand devait arriver de nos jours. Avant la venue du Christ, le temps se déroulait autrement : le Sauveur devait venir et apporter son achèvement ; la religion avançait vers cet achèvement. Les révélations se succédaient…; le temps était mesuré par la parole des prophètes, qui se succédaient… Le peuple de l’alliance ne devait pas l’attendre tout de suite, mais après le séjour en Canaan et la captivité en Égypte, après l’exode au désert, les juges et les rois, au bout des délais fixés pour l’introduire en ce monde. Ces délais fixés étaient reconnus, et les révélations successives comblaient ce temps d’attente. Mais une fois le Christ venu, comme le Fils en sa propre maison, avec son Évangile parfait, rien ne reste à achever, sinon le rassemblement de ses saints. Aucune doctrine plus parfaite ne peut être dévoilé. La lumière et la vie des hommes est apparue ; le Christ est mort et ressuscité. Plus rien ne reste à faire…; la fin des temps est donc arrivée. Aussi, bien qu’un certain intervalle doive intervenir entre le premier et le dernier avènement du Christ, désormais le temps ne compte plus… Il ne marche plus vers la fin, il la côtoie plutôt sans cesse, toujours aussi près d’elle que s’il tendait vers elle… Le Christ est donc toujours à nos portes, aussi proche aujourd’hui qu’il y a dix-huit siècles, et pas plus proche qu’alors, pas même plus proche que lorsqu’il viendra.

    Bienheureux John Henry Newman (1801-1890), cardinal, théologien, fondateur de l’Oratoire en Angleterre

     

     

     

  • Petits moyens faciles pour se mettre en présence de Dieu

    Vous voyez, mes filles, la fidélité que vous devez à Dieu. L’exercice de votre vocation consiste dans le souvenir fréquent de la présence de Dieu ; et pour vous le faciliter, servez-vous des avertissements que le son de l’horloge vous donnera, et lors faites quelque acte d’adoration. Faire cet acte, c’est dire en votre cœur : « Mon Dieu, je vous adore », ou bien : « mon Dieu, vous êtes mon Dieu », « mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur », « je voudrais, ô mon Dieu, que tout le monde vous connût et honorât pour honorer les mépris que vous avez souffert sur terre ». Au commencement de votre acte, vous pouvez fermer les yeux pour vous recueillir.

    Saint Vincent de Paul (1581-1660), prêtre, fondateur de communautés religieuses

     

     

     

     

     

  • « Que vais-je faire ? »

    Tous, nous n’aspirons qu’à être heureux et en paix. Nous avons été créés pour cela et ne pouvons trouver le bonheur et la paix qu’en aimant Dieu ; l’aimer nous apporte la joie et le bonheur. Beaucoup pensent, surtout en Occident, que vivre à son aise rend heureux. Je pense qu’il est plus difficile d’être heureux dans la richesse, car les préoccupations pour gagner de l’argent et le conserver nous masquent Dieu. Toutefois, si Dieu vous a confié des richesses, faites-les servir à ses œuvres : aidez les autres, aidez les pauvres, créez des emplois, donnez du travail aux autres. Ne gaspillez pas vainement votre fortune ; avoir une maison, des honneurs, la liberté, la santé, tout cela nous est confié par Dieu pour le mettre au service de ceux qui sont moins fortunés que nous. Jésus a dit : « Ce que vous ferez au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous le ferez » (Mt 25,40). Par conséquent, la seule chose qui puisse me rendre triste c’est d’offenser notre Seigneur par égoïsme ou par manque de charité envers les autres, ou bien de faire du tort à quelqu’un. En blessant les pauvres, en nous blessant les uns les autres, nous blessons Dieu. C’est à Dieu qu’il appartient de donner et de reprendre (Jb 1,21) ; partagez donc ce que vous avez reçu, y compris votre propre vie.

    Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Sœurs Missionnaires de la Charité

     

     

     

     

  • Vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire

    En convoitant les premières places, les plus hautes charges et les honneurs les plus élevés, les deux frères Jacques et Jean voulaient, à mon avis, avoir autorité sur les autres. C’est pourquoi Jésus s’oppose à leur prétention. Il met à nu leurs pensées secrètes en leur disant : « Celui qui veut être le premier sera le serviteur de tous ». Autrement dit : « Si vous ambitionnez le premier rang et les plus grands honneurs, recherchez le dernier rang, appliquez-vous à devenir les plus simples, les plus humbles et les plus petits de tous. Mettez-vous après les autres. Telle est la vertu qui vous procurera l’honneur auquel vous aspirez. Vous en avez près de vous un exemple éclatant, ‘puisque le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude’ (Mc 10,45). Voilà comment vous obtiendrez gloire et célébrité. Voyez ce qui m’arrive : je ne recherche ni honneur ni gloire, et pourtant le bien que je réalise ainsi est infini ». Nous le savons : avant l’incarnation du Christ et son abaissement, tout était perdu, tout était corrompu ; mais, après qu’il se soit humilié, il a tout relevé. Il a aboli la malédiction, détruit la mort, ouvert le paradis, mis à mort le péché, déverrouillé les portes du ciel pour y ramener les prémices de notre humanité. Il a propagé la foi partout dans le monde. Il a chassé l’erreur et rétabli la vérité. Il a fait monter sur un trône royal les prémices de notre nature. Le Christ est l’auteur de biens infiniment nombreux, que ni ma parole, ni aucune parole humaine ne saurait décrire. Avant son abaissement, il n’était connu que des anges, mais, depuis qu’il s’est humilié, la race humaine tout entière l’a reconnu.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l’Église