Catégorie : Enseignement

  • « Votre peine se changera en joie. » (Jn 16,20)

    À quoi donc, est-il dit, nous a servi de tomber dans les afflictions, nous qui ne cessons de prier et de chanter, quand ceux qui ne prient pas, ceux qui ne veillent pas, sont dans la joie, se réjouissent, prospèrent et passent gaiement leur vie ? Comme dit le Prophète : « Voici, des maisons étrangères se sont bâties, et nous les trouvons bienheureuses ». Il ajoute : « Telles sont les choses que dénonçaient les serviteurs de Dieu » (Ml 3,15-16 LXX), eux qui ont la connaissance.

    Il faut cependant savoir que ceux qui sont affligés, ceux qui sont durement tourmentés, ceux qui par tant d’épreuves portent sur eux le témoignage de leur maître, ne souffrent rien qui puisse les surprendre. Car ils l’ont entendu annoncer dans les Évangiles : « Amen, je vous le dis, vous qui êtes près de moi, vous pleurerez, vous vous lamenterez, et le monde se réjouira » (Jn 16,20). Mais encore un peu de temps, et je vous visiterai par le Consolateur, je dissiperai votre découragement, je vous ranimerai par les pensées de la vie et du repos célestes, et par les larmes douces qui vous ont manqué durant les quelques jours où vous avez été éprouvés. Je vous donnerai le sein de ma grâce, comme la mère donne son sein au petit enfant qui pleure. Vous qu’ont épuisés les combats, je vous fortifierai par la puissance d’en-haut. Vous qui avez été couverts d’amertume, je vous comblerai de douceur, comme dit Jérémie dans les Lamentations, quand il parle de la Jérusalem caché en toi. Mais je viendrai vous voir, et votre cœur se réjouira de cette visite secrète. Votre affliction sera changée en joie, et nul ne pourra vous enlever votre joie (cf. Jn 16,22).

    Jean Carpathios (VIIe s.)

     

     

     

     

  • L’Ascension du Christ au ciel

    L’Ascension du Christ fut conforme à la raison (…) pour trois motifs : premièrement, le ciel lui était dû à cause de sa nature. Car il est conforme à la nature que chaque être retourne là d’où il tire son origine. Or le Christ tire son origine de Dieu, qui est au-dessus de tout. Jésus dit en effet à ses Apôtres (Jn 16, 28) : « Je suis sorti du Père et je suis venu au monde : maintenant je quitte le monde et je vais au Père. » (…) Les saints aussi montent au ciel, cependant ils n’y montent pas de la même manière que le Christ ; le Christ en effet s’est élevé aux cieux de sa propre puissance, mais les saints s’y élèvent comme entraînés par le Christ. Aussi lui disons-nous avec l’épouse du Cantique (1, 3) : « Seigneur, entraîne-nous à ta suite. » On peut dire également que personne ne monte au ciel si ce n’est le Christ. Le Christ en effet est la Tête de l’Église, et les saints ne montent au ciel que parce qu’ils sont ses membres.

    Deuxièmement, le ciel était dû au Christ Jésus en raison de sa victoire. Le Christ en effet fut envoyé dans le monde pour lutter contre le diable, et il sortit victorieux du combat : « Moi, j’ai été vainqueur, dit Jésus (Ap 3,21), et je suis allé siéger avec mon Père sur le trône. »

    Enfin, le Christ méritait d’être au ciel à cause de son humilité. En effet, aucune humilité n’est aussi grande que celle du Christ, car alors qu’il était Dieu, il voulut devenir homme ; alors qu’il était Seigneur, il voulut prendre la condition de l’esclave, se rendant obéissant jusqu’à la mort (cf. Ph 2,7) et il descendit jusqu’en enfer : aussi mérita-t-il d’être exalté jusqu’au ciel, au trône de Dieu. L’humilité en effet est la voie qui conduit à l’exaltation. « Celui qui s’abaisse, dit le Seigneur, (Lc 14, 11) sera élevé, et saint Paul écrit aux Éphésiens (4, 10) : « Celui qui est descendu, c’est le même qui est aussi monté par-delà tous les cieux

    Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

     

     

  • « L’Esprit de Vérité vous guidera vers la vérité tout entière. »

    « Lorsque viendra le Consolateur que je vous enverrai du Père, il rendra témoignage de moi et vous enseignera toutes choses : toute vérité vous viendra de l’Esprit de Vérité. Qui connaît les secrets de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les secrets de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu » (cf Jn 15,26 et 1Co 2,11). Hâte-toi donc de communier à l’Esprit Saint. (…) Alors commenceront à briller pour toi toutes ces vérités que la Sagesse (1Co 1,24) pouvait dire aux disciples alors qu’elle était sur terre, mais qu’ils ne pouvaient pas porter avant la venue de l’Esprit de vérité qui leur enseignerait toute vérité. (…)

    « Dieu est Esprit » (Jn 2,24) ; et, de même que ceux qui l’adorent doivent nécessairement l’adorer « en esprit et en vérité » (ibid.), de même ceux qui désirent le connaître ne doivent chercher que dans l’Esprit Saint l’intelligence de la foi et le sens de cette vérité pure et sans mélange. Parmi les ténèbres et l’ignorance de cette vie, il est lui-même pour les pauvres en esprit (Mt 5,3) la lumière qui éclaire, la charité qui attire, la douceur qui saisit ; il est l’accès de l’homme auprès de Dieu, l’amour de celui qui aime, la dévotion de celui qui se livre sans réserve. C’est lui qui, de conviction en conviction, révèle aux croyants la justice de Dieu ; il donne grâce pour grâce (Jn 1,16), et à la foi qui s’attache à l’écoute de la Parole, il donne en retour la foi illuminée.

    Guillaume de Saint-Thierry (v. 1085-1148)

     

     

     

  • « C’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous. »

    Qui es-tu, douce lumière qui me combles
    et illumines la ténèbre de mon cœur ?…
    Es-tu le Maître d’œuvre,
    le bâtisseur de la cathédrale éternelle
    qui depuis la terre s’élève jusqu’au Ciel ?
    Tu donnes vie à ses colonnes, qui se dressent,
    hautes et droites, solides et immuables (Ap 3,12).
    Marquées du signe du Nom divin et éternel,
    elles s’élancent vers la lumière et portent la coupole
    qui achève et couronne la sainte cathédrale,
    ton œuvre qui embrasse l’univers entier :
    Saint Esprit, Main de Dieu créatrice !…

    Es-tu le doux cantique de l’amour
    et du respect sacré qui retentit sans fin
    autour du trône de la Trinité sainte (Ap 4,8),
    symphonie où résonne
    la note pure donnée par chaque créature ?
    Le son harmonieux,
    l’accord unanime des membres et de la Tête (Col 2,19),
    dans lequel chacun au comble de la joie
    découvre le sens mystérieux de son être
    et le laisse jaillir en cri de jubilation,
    rendu libre
    en participant à ton propre jaillissement :
    Saint Esprit, jubilation éternelle

    Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix [Édith Stein] (1891-1942)

     

     

     

  • « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur, le Paraclet, qui sera pour toujours avec vous. » (Jn 14,16)

    L’Esprit promis par les prophètes est descendu sur le Fils de Dieu devenu Fils de l’homme (Mt 3,16) : par là, avec lui, il s’accoutumait à habiter dans le genre humain, à reposer sur les hommes, à résider dans l’ouvrage modelé par Dieu. Et il réalisait en eux la volonté du Père et les renouvelait en les faisant passer de leur vétusté à la nouveauté du Christ.

    C’est cet Esprit que David avait demandé pour le genre humain, en disant : « Et, par ton Esprit qui nous dirige, affermis-moi » (Ps 50,14 LXX). C’est encore cet Esprit dont Luc nous dit qu’après l’ascension du Seigneur il est descendu sur les disciples, le jour de la Pentecôte, avec le pouvoir sur toutes les nations pour les introduire dans la vie et leur ouvrir le Nouveau Testament. Animés d’un même sentiment, les disciples célébraient les louanges de Dieu dans toutes les langues tandis que l’Esprit ramenait à l’unité les peuples séparés et offrait au Père les prémices de toutes les nations (Ac 2).

    C’est pourquoi aussi le Seigneur avait promis de nous envoyer un Paraclet qui nous accorderait à Dieu. Car, comme de farine sèche on ne peut pas, sans eau, faire une seule pâte et un seul pain, ainsi nous, qui étions une multitude, nous ne pouvions pas non plus devenir un dans le Christ Jésus (1Co 10,17) sans l’Eau venue du ciel. Et comme la terre aride, à moins de recevoir de l’eau, ne fructifie pas, ainsi nous-mêmes, qui n’étions d’abord que du bois sec, nous n’aurions jamais porté du fruit de vie sans la Pluie généreuse venue d’en haut. Car nos corps, par le bain du baptême, ont reçu l’union à l’incorruptibilité, tandis que nos âmes l’ont reçue par l’Esprit. C’est pourquoi l’un et l’autre sont nécessaires, puisque l’un et l’autre contribuent à donner la vie en Dieu

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)

     

     

     

  • Faisons appel à l’Esprit Saint

    Ceux qui sont conduits par le Saint-Esprit ont des idées justes. Voilà pourquoi il y a tant d’ignorants qui en savent plus long que les savants. Quand on est conduit par un Dieu de force et de lumière, on ne peut se tromper. L’Esprit Saint est une Lumière et une Force. C’est Lui qui nous fait distinguer le vrai du faux et le bien du mal.

    Le Bon Dieu, en nous envoyant le Saint-Esprit, a fait à notre égard comme un grand roi, qui chargerait son ministre de conduire un de ses sujets, disant : « Vous accompagnerez cet homme partout, et vous me le ramènerez sain et sauf. » Que c’est beau d’être accompagné par le Saint-Esprit ! C’est un bon guide Celui-là.

    L’Esprit Saint nous conduit comme une mère conduit son enfant de deux ans par la main, comme une personne qui y voit conduit un aveugle. Il faudrait dire chaque matin : « Mon Dieu, envoyez-moi votre Esprit Saint qui me fera connaître ce que je suis et ce que Vous êtes… » Une âme qui possède le Saint-Esprit goûte une exquise saveur dans la prière : elle ne perd jamais la sainte Présence de Dieu.

    Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)

     

     

     

     

  • « Vous n’appartenez pas au monde puisque je vous ai choisis… Voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. »

     

    « Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable à cause de Fils de l’homme. Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d’allégresse, car votre récompense est grande dans le ciel » (Lc 6,22-23). Le Seigneur a voulu que nous nous réjouissions, que nous tressaillions d’allégresse quand nous sommes persécutés, parce que quand les persécutions viennent, c’est alors que les couronnes de la foi sont distribuées (Jc 1,12), c’est alors que les soldats du Christ font leurs preuves, c’est alors que les cieux s’ouvrent à ses témoins. Nous ne sommes pas engagés dans la milice de Dieu pour ne penser qu’à la tranquillité, refuser le service et nous y dérober, alors que le Seigneur lui-même, le Maître de l’humilité, de la patience et de la souffrance, a accompli le même service avant nous. Ce qu’il a enseigné, il a commencé par le faire, et s’il nous exhorte à tenir bon, c’est qu’il a souffert lui-même avant nous et pour nous. (…)

    Pour participer aux compétitions du stade, les athlètes s’exercent, s’entraînent, et s’estiment très honorés si, sous les yeux de la foule et de l’empereur, ils ont le bonheur de recevoir le prix. Mais voici une épreuve autrement noble et magnifique, où Dieu nous regarde combattre, nous ses enfants, et où lui-même nous donne une couronne céleste (1Co 9,25). (…) Pendant que nous soutenons le combat de la foi, Dieu nous regarde, ses anges aussi nous regardent et le Christ nous regarde : quelle gloire pour nous ! (…) Armons-nous donc, frères très chers, de toutes nos forces ; préparons-nous avec une âme inaltérable, une foi entière et un courage prêt au sacrifice.

    Saint Cyprien (v. 200-258)

     

     

     

  • Imiter Dieu qui nous a tant aimés

    La loi de la grâce enseigne directement ceux qu’elle conduit, à imiter Dieu lui-même, qui nous a tant aimés plus que lui-même, s’il est permis de le dire (et cela alors qu’à cause du péché nous étions ses ennemis), que, sans changer, il est venu vers notre être, lui qui est au-dessus de tous les êtres, qu’il s’est fait homme, qu’il a voulu être comme l’un des hommes, et qu’il n’a pas refusé de faire sienne notre condamnation.

    Et autant par économie il s’est fait homme, autant par grâce il nous a déifiés, afin que non seulement nous apprenions à nous attacher naturellement les uns aux autres et à nous aimer spirituellement les uns aux autres comme nous nous aimons nous-mêmes, mais aussi à prendre divinement soin les uns des autres plus que de nous-mêmes, et à faire la preuve de l’amour que nous nous portons les uns aux autres en choisissant de bon cœur, par vertu, de mourir volontairement les uns pour les autres. Car le Christ dit qu’il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour celui qu’on aime (Jn 15,13).

    La loi de la grâce est la raison qui, plus haut que la nature, mène à la déification en transformant inflexiblement la nature, en montrant comme en image à la nature des hommes, le modèle qui dépasse l’essence et la nature, et en offrant la permanence de l’être éternellement bienheureux. Considérer le prochain comme soi-même, c’est prendre soin de sa seule vie dans son être : ce qui est le propre de la vie naturelle. Aimer le prochain comme soi-même, c’est par vertu, veiller sur la vie du prochain plus que soi-même, c’est tout à fait le propre de la loi de la grâce.

    Saint Maxime le Confesseur (v. 580-662)

     

     

     

     

  • « Tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. »

    Parmi ses disciples, le Christ en a choisi qu’il s’est attaché plus étroitement pour les envoyer prêcher parmi tous les peuples. L’un d’entre eux s’étant retranché de leur nombre, il a commandé aux onze autres, lors de son retour au Père après sa résurrection, d’aller enseigner les nations afin de les baptiser dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit (Mt 28,19).

    Aussitôt, les apôtres – dont le nom signifie « envoyés » – ont choisi par le sort Matthias comme douzième à la place de Judas, selon la prophétie contenue dans un psaume de David (108,8). Ils ont reçu, avec la force promise de l’Esprit Saint, le don des miracles et des langues. D’abord en Judée, ils ont témoigné de la foi en Jésus Christ et y ont institué des églises. De là, ils sont partis à travers le monde pour répandre parmi les nations le même enseignement et la même foi. (…)

    Quelle a été la prédication des apôtres ? Quelle révélation le Christ leur a-t-il faite ? Je dirai qu’on ne doit pas chercher à le savoir autrement que par ces mêmes églises que les apôtres ont personnellement fondées en leur prêchant tant de vive voix que par leurs écrits. Si cela est vrai, il est incontestable que toute doctrine qui s’accorde avec ces églises apostoliques, mères et sources de la foi, doit être considérée comme vraie parce qu’elle contient ce que les églises ont reçu des apôtres, les apôtres du Christ, et le Christ de Dieu.

    Tertullien (v. 155-v. 220)

     

     

     

  • « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15,5)

    Attachons-nous de toutes nos forces au Christ, à cause de ceux qui s’efforcent continuellement de le détacher de l’âme, afin que Jésus ne s’en aille pas (cf. Jn 5,13), s’éloignant de la foule des pensées qui sont dans le lieu de l’âme. Il n’est pas possible de nous attacher à lui de toutes nos forces sans que l’âme se donne de la peine.

    Cherchons à toucher sa vie dans la chair, afin de mener la nôtre avec humilité. Attachons nous à sa Passion, afin de supporter ce qui nous afflige en cherchant à l’imiter. Et goûtons l’ineffable économie qui le fit descendre jusqu’à nous : quand l’âme aura goûté à sa douceur, nous connaîtrons alors que le Seigneur est bon (cf. Ps 33(34),9). Outre tout cela, ou plutôt avant tout cela, croyons-le, ayons dans ce qu’il nous dit une foi inébranlable, acceptons chaque jour ce que nous envoie sa providence. Et quoi qu’elle nous apporte, accueillons-le avec action de grâce, dans la joie et de tout notre cœur, afin d’apprendre à ne regarder que Dieu seul, qui gouverne l’univers par les raisons divines de la sagesse. Quand nous faisons tout cela alors nous ne nous trouvons sans doute pas loin de Dieu, s’il est vrai que la piété est une perfection jamais accomplie, comme a dit l’un de ces hommes qui portaient Dieu et étaient parfaits en esprit. (…)

    Le souvenir joyeux de Dieu, c’est-à-dire Jésus, joint à l’ardeur du cœur et à une aversion salvatrice, dissipe naturellement tous les sortilèges des pensées, les réflexions, les raisonnements, les imaginations, les formes ténébreuses, en un mot tout ce par quoi le malfaisant se prépare à combattre les âmes et les affronte, cherche à les décourager et les engloutit. Mais si on l’invoque, Jésus consume tout facilement. Car notre salut n’est en nul autre que dans le Christ Jésus. Le Sauveur l’a d’ailleurs dit lui-même : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5).

    Philothée le Sinaïte