Catégorie : Enseignement

  • « Vous ne pourrez donc pas croire à moins d’avoir vu des signes et des prodiges ? »

    « Si vous ne voyez pas des signes et des prodiges, vous ne croirez pas ! » Le fonctionnaire royal semble ne pas croire que Jésus a la puissance de ressusciter les morts : « Descends, avant que mon fils ne meure ! » Il semble croire que Jésus ignore la gravité de la maladie de son enfant. C’est pourquoi Jésus lui fait ce reproche, pour lui montrer que les miracles se font surtout pour gagner et guérir les âmes. Ainsi Jésus guérit le père qui est malade d’esprit non moins que le fils qui est malade de corps, pour nous apprendre qu’il faut s’attacher à lui non à cause des miracles, mais pour son enseignement que les miracles confirment. Car il opère les miracles non pour les croyants, mais pour les incroyants. (…)

    De retour chez lui, « il crut, avec tous les gens de sa maison ». Des gens qui n’ont ni vu ni entendu Jésus (…) croient en lui. Quel enseignement en retirer ? Il faut croire en lui sans exiger des miracles ; il ne faut pas exiger de Dieu des preuves de sa puissance. De nos jours combien de gens montrent un plus grand amour de Dieu lorsque leurs enfants ou leur femme ont reçu quelque soulagement dans leur maladie. Même si nos vœux ne sont pas exaucés, il faut persévérer tout autant dans l’action de grâce et la louange. Restons attachés à Dieu dans l’adversité autant que dans la prospérité.

    Saint Jean Chrysostome (v. 345-407)

     

     

  • « Il faut que le Fils de l’homme soit élevé afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. »

    Lorsque le peuple a péché dans le désert (Nb 21,5s), Moïse, qui était prophète, a ordonné aux Israélites de dresser un serpent sur une croix, c’est-à-dire de mettre à mort le péché. (…) C’était un serpent qu’il fallait regarder, puisque c’était par des serpents que les fils d’Israël avaient été frappés pour leur châtiment. Et pourquoi par des serpents ? Parce qu’ils avaient renouvelé la conduite de nos premiers parents. Adam et Ève avaient péché tous deux en mangeant du fruit de l’arbre ; les Israélites avaient murmuré pour une question de nourriture. Proférer des paroles de plainte parce qu’on manque de légumes, c’est le comble du murmure. Voilà ce qu’atteste le psaume : « Ils parlèrent contre Dieu dans les lieux arides » (Ps 77,17). Or, dans le paradis aussi, le serpent a été à l’origine du murmure. (…)

    Les fils d’Israël devaient ainsi apprendre que le même serpent qui avait tramé la mort d’Adam, leur avait procuré la mort à eux aussi. Moïse l’a suspendu donc au bois, afin qu’en le voyant, ils soient amenés, par la similitude, à se souvenir de l’arbre. Ceux, en effet, qui tournaient leurs yeux vers lui étaient sauvés, non certes grâce au serpent, mais à cause de leur conversion. Ils regardaient le serpent et ils se rappelaient leur péché. Parce qu’ils étaient mordus, ils se repentaient et, une fois de plus, ils étaient sauvés. Leur conversion transformait le désert en demeure de Dieu ; le peuple pécheur devenait par la pénitence une assemblée ecclésiale et, bien mieux, malgré lui, il adorait la croix.

    Sermon attribué à saint Éphrem (v. 306-373)

     

     

  • Le cœur vide de la grâce de Dieu

    Vous savez ce que notre Divin Sauveur, qui est la vérité et la bonté même, disait à ses disciples : « Si votre justice n’est pas plus grande que celle des pharisiens, jamais vous n’entrerez dans le Royaume des cieux » (Mt 5,20). Ces mots sont bien du Christ. Lui qui ne voulait pas condamner la femme adultère ; qui daignait s’entretenir avec la Samaritaine et révéler les mystères du ciel à celle qui menait une vie coupable ; lui qui consentait à manger avec les Publicains, socialement disqualifiés comme pécheurs ; qui permettait à Madeleine de lui laver les pieds et de les lui essuyer de ses cheveux ; lui qui était « si doux et si humble de cœur » (Mt 11,29), il accablait publiquement les Pharisiens d’anathèmes : « Hypocrites, malheur à vous, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt 23,13). (…)

    Rappelez-vous le Pharisien que le Christ nous dépeint montant au temple pour prier. Quelle est sa prière ? « Mon Dieu, je suis un homme tout à fait irréprochable ; j’observe toutes choses très exactement ; je jeûne, je donne la dîme (Lc 18,11-12) ; vous ne sauriez me prendre en défaut sur aucun point, vous devez être fier de moi ». Et, au sens littéral, ce qu’il disait était vrai : il observait tout cela. Cependant, quel jugement porte sur lui le Christ Jésus ? Cet homme sortit du temple justifié, le cœur vide de la grâce de Dieu. Pourquoi cette condamnation ? Parce que le malheureux se glorifiait de ses bonnes actions et qu’il plaçait toute sa perfection dans l’observance purement extérieure, sans se soucier des dispositions intérieures de son cœur. Aussi Notre-Seigneur nous dit-il encore : « Si votre justice n’est pas plus grande que celle des Pharisiens, vous n’aurez point de part au Royaume des cieux ». (…) C’est dans le cœur, en effet, qu’est la perfection ; car l’amour est la loi suprême.

    Bienheureux Columba Marmion (1858-1923)

     

     

  • « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur. »

    Les grands de la terre se font gloire de posséder des royaumes et des richesses. Jésus Christ trouve tout son bonheur à régner sur nos cœurs ; c’est là la souveraineté qu’il convoite et qu’il a décidé de conquérir par sa mort sur la croix : « Il a reçu le pouvoir sur ses épaules » (Is 9,5). Par ces paroles, plusieurs interprètes (…) comprennent la croix que notre divin Rédempteur a portée sur ses épaules. « Ce Roi du ciel, remarque Cornelius à Lapide, est un maître bien différent du démon : celui-ci charge de lourds fardeaux les épaules de ses esclaves. Jésus, au contraire, prend sur lui-même tout le poids de sa souveraineté ; il embrasse la croix et veut y mourir pour régner sur nos cœurs ». Et Tertullien dit que tandis que les monarques de la terre « portent le sceptre à la main et la couronne sur la tête comme emblèmes de leur puissance, Jésus Christ a porté la croix sur ses épaules. Et la croix a été le trône où il est monté pour fonder son règne d’amour .» (…)

    Hâtons-nous donc de consacrer tout l’amour de notre cœur à ce Dieu qui, pour l’obtenir, a sacrifié son sang, sa vie, tout lui-même. « Si tu savais le don de Dieu, disait Jésus à la Samaritaine, et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’ » (Jn 4,10). C’est-à-dire : si tu savais la grandeur de la grâce que tu reçois de Dieu ! (…) Oh, si l’âme comprenait quelle grâce extraordinaire Dieu lui fait quand il réclame son amour en ces termes : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». Un sujet qui entendrait son prince lui dire : « Aime-moi », ne serait-il pas captivé par cette invitation ? Et Dieu ne réussirait pas à gagner notre cœur, alors qu’il nous le demande avec tant de bonté : « Mon fils, donne-moi ton cœur » ? (Pr 23,26) Mais ce cœur, Dieu ne le veut pas à moitié ; il le veut tout entier, sans réserve ; c’est son précepte : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur ».

    Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787)

     

     

  • « Le règne de Dieu est survenu pour vous. »

    Nous devons continuer et accomplir en nous les états et mystères de Jésus, et le prier souvent qu’il les consomme et accomplisse en nous et en toute son Église. Car les mystères de Jésus ne sont pas encore dans leur entière perfection et accomplissement. Bien qu’ils soient parfaits et accomplis dans la personne de Jésus, ils ne sont pas néanmoins encore accomplis et parfaits en nous qui sommes ses membres, ni en son Église qui est son corps mystique (Ep 5,30). Car le Fils de Dieu a dessein 5…) de faire comme une extension et continuation de ses mystères en nous et en toute son Église (…) ; il veut les accomplir en nous. C’est pourquoi saint Paul dit que Jésus Christ s’accomplit dans son Église, et que nous concourons tous à sa perfection et à l’âge de sa plénitude (Ep 4,13). (…) Et ailleurs, il dit qu’il accomplit en son corps la Passion de Jésus Christ (Col 1,24). (…)

    Le Fils de Dieu a dessein de consommer en nous le mystère de son incarnation, de sa naissance, de sa vie cachée, en se formant en nous et en prenant naissance dans nos âmes, par les saints sacrements du Baptême et de la divine Eucharistie, et en nous faisant vivre d’une vie spirituelle et intérieure qui soit cachée avec lui en Dieu. Il a dessein de perfectionner en nous le mystère de sa Passion, de sa mort et de sa résurrection, en nous faisant souffrir, mourir et ressusciter avec lui et en lui. Il a dessein d’accomplir en nous l’état de vie glorieuse et immortelle qu’il a au ciel, en nous faisant vivre avec lui et en lui, lorsque nous serons au ciel, d’une vie glorieuse et immortelle. (…)

    Ainsi les mystères de Jésus ne seront point accomplis jusqu’à la fin du temps qu’il a déterminé pour la consommation de ses mystères en nous et en son Église, c’est-à-dire jusqu’à la fin du monde.

    Saint Jean Eudes (1601-1680)

     

     

     

  • La loi de crainte et la loi d’amour

    [Sainte Catherine a entendu Dieu lui dire :] Vois-tu ceux qui par crainte servile cherchent à se retirer de la fange du péché mortel ! Si leur effort ne s’inspire pas enfin de l’amour de la vertu, la crainte servile ne suffira pas à leur procurer la vie éternelle. Il y faut l’amour uni à la crainte : car la loi est fondée sur l’amour et sur une crainte sainte.

    La loi de crainte, c’est la loi ancienne que je donnai à Moïse, et qui n’était établie que sur la crainte. Dans cette loi, toute faute commise était suivie de son châtiment. Mais la loi d’amour est la Loi nouvelle, donnée par le Verbe mon Fils unique, et qui est établie sur l’amour. La loi nouvelle cependant ne détruit pas l’ancienne, elle l’achève au contraire. C’est ce que vous a dit ma Vérité : « Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir » (Mt 5,17).

    Il a uni la loi de crainte à la loi d’amour, et l’amour a purifié la crainte de son imperfection, qui est la peur du châtiment ; il n’est plus demeuré que la crainte parfaite, la crainte sainte, qui est la seule peur, non de nuire à son propre intérêt, mais de m’offenser moi-même qui suis la souveraine Bonté. Ainsi la loi imparfaite a été amenée à sa perfection par la loi d’amour.

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

  • La veuve de Sarepta

    La veuve sans ressources est sortie ramasser deux morceaux de bois pour se faire cuire du pain, et c’est alors qu’Élie l’a rencontrée. Cette femme était le symbole de l’Église ; parce qu’une croix est formée de deux morceaux de bois, celle qui allait mourir cherchait de quoi vivre éternellement. Il y a donc là un mystère caché… Élie lui dit : « Va, nourris-moi d’abord de ta pauvreté, et tes richesses ne s’épuiseront pas. » Quelle heureuse pauvreté ! Si la veuve a reçu ici-bas un tel salaire, quelle récompense n’est-elle pas en droit d’espérer dans l’autre vie !

    J’insiste sur cette pensée : ne comptons pas recueillir le fruit de nos semailles dans ce temps où nous semons. Ici-bas, nous semons dans la peine ce qui sera la moisson des bonnes œuvres, mais c’est plus tard que nous en récolterons le fruit dans la joie, selon ce qui est écrit : « On s’en va, on s’en va en pleurant, jetant la semence. On s’en vient, on s’en vient en chantant, rapportant les gerbes » (Ps 125,6). Le geste d’Élie envers cette femme était en effet un symbole et pas sa récompense. Car si cette veuve avait été récompensée ici-bas pour avoir nourri l’homme de Dieu, voici de bien pauvres semailles, voici une bien maigre moisson ! Elle n’a reçu qu’un bien temporel : de la farine qui ne s’est pas épuisée, de l’huile qui n’a pas diminué jusqu’au jour où le Seigneur a arrosé la terre de sa pluie. Ce signe qui lui a été concédé par Dieu pour peu de jours, était donc le symbole de la vie future où notre récompense ne saurait diminuer. Notre farine, ce sera Dieu ! Comme la farine de cette femme ne s’est pas épuisée durant ces jours, Dieu ne nous manquera pas durant toute l’éternité… Sème en confiance et ta moisson viendra sûrement ; elle viendra plus tard, mais quand elle viendra, tu moissonneras sans fin.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

  • « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »

    Nous sommes encore les ouvriers de Dieu et nous bâtissons le temple de Dieu. La dédicace de ce temple a déjà eu lieu dans sa Tête, puisque le Seigneur est ressuscité des morts, après avoir triomphé de la mort ; ayant détruit en lui ce qui était mortel, il est monté au ciel. (…) Et maintenant, nous construisons ce temple par la foi, pour que se fasse aussi sa dédicace lors de la résurrection finale. C’est pourquoi (…) il y a un psaume intitulé : « lorsqu’on rebâtissait le Temple, après la captivité » (95,1 Vulg). Rappelez-vous la captivité où nous étions jadis, alors que le diable tenait le monde entier en son pouvoir, comme un troupeau d’infidèles. C’est en raison de cette captivité que le Rédempteur est venu. Il a versé son sang pour notre rançon ; par son sang répandu, il a supprimé le billet de la dette qui nous maintenait captifs (Col 2,14). (…) Vendus auparavant au péché, nous avons ensuite été libérés par la grâce.

    Après cette captivité, on construit maintenant le temple, et pour l’édifier, on annonce la Bonne Nouvelle. C’est pourquoi ce psaume commence ainsi : « Chantez au Seigneur un chant nouveau. » Et pour que tu ne penses pas que l’on bâtit ce temple dans un petit coin, comme le construisent les hérétiques qui se séparent de l’Église, fais attention à ce qui suit : « Chantez au Seigneur toute la terre .» (…)

    « Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur toute la terre. » Chantez et bâtissez ! Chantez et « bénissez le nom du Seigneur » (v.2). Annoncez le jour né du jour du salut, le jour né du jour du Christ. Qui est, en effet, le salut de Dieu sinon son Christ ? Pour ce salut, nous prions dans le psaume : « Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde, et donne-nous ton salut. » Les anciens justes désiraient ce salut, eux dont le Seigneur disait à ses disciples : « Beaucoup ont voulu voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu » (Lc 10,24). (…) « Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur. » Voyez l’ardeur des bâtisseurs ! « Chantez au Seigneur et bénissez son nom. » Annoncez la Bonne Nouvelle ! Quelle bonne nouvelle ? Le jour est né du jour (…) ; la Lumière est née de la Lumière, le Fils né du Père, le salut de Dieu ! Voilà comment se construit le temple après la captivité.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

  • « Voici que nous montons à Jérusalem. »

    Ô Jérusalem, cité de Dieu, nous t’acclamons « Vision de paix ».
    Tu as été construite dans les cieux de pierres vivantes.
    Couronnée d’anges et de saints, tu es la Bien-Aimée du Roi.

    Descendue toute neuve du Ciel, tu es parée pour ton Époux.
    Avance comme l’Épousée ; viens étreindre ton Seigneur.
    Et l’on verra sur tes remparts étinceler l’or de ta joie.

    Que s’ouvrent tes portes à deux vantaux ; que resplendisse ta beauté.
    Que par la grâce soit sauvé tout homme qui y pénètre.
    Que soit accueilli celui qui souffre au nom du Christ et perd courage.

    C’est le Christ le maître et l’artisan ; c’est lui qui taille et qui polit.
    Il ajuste chaque pierre, la choisit en chaque lieu,
    Il la place pour demeurer ce Temple saint où il habite.

    Liturgie latine

    (Références bibliques : 1P 2,5 ; Ap 21,2.18 ; Co 3,16)

     

  • « Vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères. » (Mt 23,8)

    « Vous n’avez tous qu’un Père qui est Dieu : vous êtes tous des frères. » Vous nous le dites nettement, mon Seigneur Jésus : tous les hommes forment une grande famille ; tous sont frères, Dieu est le Père commun : tous doivent avoir les uns pour les autres les pensées, les paroles, les actes qu’un bon père veut que ses enfants aient entre eux.

    L’amour que le meilleur des pères veut voir régner entre ses enfants, voilà l’amour que nous devons à tous les hommes, à chacun des hommes, sans exception. Et notre modèle, Jésus, nous en donne l’exemple : c’est Dieu qui vient sur la terre nous montrer sous la forme humaine comment il veut que chaque homme aime les autres hommes. Que fait Jésus ? Il vit trente-quatre ans et il donne son sang au milieu des plus affreux tourments pour la sanctification et le salut de tous les hommes, non seulement de tous en général mais de chacun en particulier, en sorte qu’il n’est aucun homme dont on ne doive dire : cet homme, Jésus est mort pour le sauver et le sanctifier. Après le précepte de l’amour fraternel, voici l’exemple comme l’a donné Jésus. Comme le dit S. Paul, « c’est votre frère, que le Christ a racheté à si grand prix ! » (cf. 1 Co 6, 20)

    Tout homme est notre vrai frère en Dieu, et tout homme a été tant aimé et estimé si haut par Jésus qu’il est mort pour lui. Tout homme doit nous apparaître comme un frère, et un frère couvert comme d’un manteau du Sang de Jésus.

    Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916)