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  • Reconnaître la voix ; reconnaître la Parole

    Il est difficile de distinguer la parole de la voix, et c’est pourquoi on a pris Jean pour le Christ. On a pris la voix pour la parole ; mais la voix s’est fait connaître afin de ne pas faire obstacle à la parole. « Je ne suis pas le Messie, ni Élie, ni le grand Prophète. » On lui réplique : « Qui es-tu donc ? » Il répond : « Je suis la voix qui crie à travers le désert » (Jn 1,23)…

    Il est la voix qui rompt le silence : « Préparez la route pour le Seigneur ». Cela revient à dire : « Moi, je retentis pour faire entrer le Seigneur dans le cœur ; mais il ne daignera pas y venir, si vous ne préparez pas la route ». Que signifie : « Préparez la route », sinon : « Priez comme il faut » ? Que signifie : « Préparez la route », sinon : « Ayez des pensées humbles » ?

    Jean le précurseur vous donne lui-même un exemple d’humilité. On le prend pour le Messie, il affirme qu’il n’est pas ce qu’on pense, et il ne profite pas de l’erreur d’autrui pour se faire valoir. S’il avait dit : « Je suis le Messie », on l’aurait cru très facilement puisqu’on le croyait avant même qu’il ne parle. Il l’a nié : il s’est fait connaître, il s’est distingué du Christ, il s’est abaissé. Il a vu où se trouvait le salut. Il a compris qu’il n’était que la lampe (Jn 5,35), et il a craint qu’elle ne soit éteinte par le vent de l’orgueil.

    Saint Augustin (354-430)

     

     

     

  • Apprenez de Jésus l’humilité sincère !

    Je vous prie, mon très cher Fils dans le Christ, le doux Jésus, d’apprendre de ce doux Agneau sans tache à vous abaisser toujours par une humilité sincère, afin que vous conserviez et que vous augmentiez votre vertu, dans quelque état que vous vous trouviez. Car pour celui qui est humble, toutes ses œuvres spirituelles et temporelles lui profitent pour le ciel, parce qu’il les fait avec la grâce.

    Ses œuvres temporelles lui donnent la vie, parce qu’il les fait, le regard fixé sur Dieu ; ses œuvres spirituelles répandent le parfum de la vertu devant Dieu et devant les hommes du monde : et s’il est appelé à commander, il répand la bonne odeur de la sainte justice ; car celui qui est humble n’est pas injuste envers son prochain ; il ne le méprise pas, mais il l’aime comme lui-même. Je vous prie donc, mon très cher Fils, dans votre position présente, de rendre toujours la justice au petit comme au grand, au pauvre comme au riche ; rendez également à chacun ce qui lui est dû, ainsi que le veut la justice accompagnée de la miséricorde. Je suis certaine que la bonté de Dieu vous le fera faire ; et je vous y invite autant que je le sais et que je le puis.

    Soyez dans ce doux Avent et dans cette sainte fête près de la crèche de l’humble Agneau. Vous y trouverez Marie adorant son Fils ; cette pauvre voyageuse, qui possède la richesse du Fils de Dieu, n’a pas de langes convenables pour l’envelopper, et de feu pour le réchauffer, lui, le Feu divin, l’Agneau sans tache ; et ce sont des animaux qui s’inclinent sur le corps de l’Enfant pour le réchauffer de leur souffle. Ne faut-il pas rougir de l’orgueil, des délices des hommes et des richesses du monde, en voyant un Dieu si humilié ?

    Sainte Catherine de Sienne (1347-1380)

     

     

     

  • « Je vous le déclare : Élie est déjà venu. »

    À propos de Jean le Baptiste, nous lisons chez Luc : « Il sera grand devant le Seigneur, et il ramènera beaucoup des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant lui avec l’esprit et la puissance d’Élie, afin de préparer pour le Seigneur un peuple bien disposé » (Lc 1,15s). Pour qui donc a-t-il préparé un peuple et devant quel Seigneur a-t-il été grand ? Sans aucun doute devant celui qui a dit que Jean avait quelque chose de « plus qu’un prophète » et que « personne d’entre les enfants des femmes n’était plus grand que Jean le Baptiste » (Mt 11,9.11). Car Jean préparait un peuple en annonçant d’avance à ses compagnons de servitude la venue du Seigneur et en leur prêchant la pénitence, afin que, lorsque le Seigneur serait présent, ils soient en état de recevoir son pardon, qu’ils reviennent à celui dont ils s’étaient éloignés par leurs péchés et leurs transgressions. C’est pourquoi, en les ramenant à leur Seigneur, Jean préparait au Seigneur un peuple bien disposé, dans l’esprit et la puissance d’Élie.

    Jean l’évangéliste nous dit : « Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière. Il n’était pas la Lumière, mais il venait pour lui rendre témoignage » (1,6-8). Ce précurseur, Jean le Baptiste, qui rendait témoignage à la lumière, a été envoyé sans aucun doute par le Dieu qui (…) avait promis par les prophètes d’envoyer son messager devant la face de son Fils pour lui préparer le chemin (Ml 3,1; Mc 1,2), c’est-à-dire pour rendre témoignage à la Lumière dans l’esprit et la puissance d’Élie. (…) Précisément parce que Jean est un témoin, le Seigneur dit qu’il était plus qu’un prophète. Tous les autres prophètes ont annoncé la venue de la lumière du Père et ont désiré être jugés dignes de voir celui qu’ils prêchaient. Jean a prophétisé comme eux mais il l’a vu présent, il l’a montré et a persuadé beaucoup de croire en lui, si bien qu’il a tenu à la fois la place d’un prophète et celle d’un apôtre. Voilà pourquoi le Christ dit de lui qu’il était « plus qu’un prophète ».

    Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208)

     

     

     

  • Souviens-toi de nous, saint Précurseur !

    Je t’ai invoqué, Précurseur, le jour et la nuit : sois-moi secourable, ô divin Baptiste, à moi qui en ta personne ai gagné un avocat auprès du Créateur, que je sois arraché au châtiment.

    Toi le plus beau nourrisson du désert, Précurseur, et l’authentique ami du Créateur, Ô Sage, délivre-moi par tes prières de toute amitié nuisible (…).

    Jean, toi qui as baptisé le Seigneur, corrige grâce à ton intercession l’incorrigible que je suis, et arrache-moi (…) au feu qui brûle éternellement. (…)

    Jeune Pousse qui réjouis le désert, Précurseur du Christ, arrache jusqu’aux racines la négligence qui sans cesse repousse en moi, et daigne me faire produire des fruits de pénitence.

    C’est un sein stérile qui te porte, Fruit très illustre, toi qui as rendu féconds les cœurs jadis sans fruits ; mais avec foi je crie vers toi : « Ô Baptiste, arrache mes pensées infructueuses ! »

    Ange de Dieu, d’une façon divine un ange annonce d’avance à ton père ta naissance : avec lui, souviens-toi de nous au jour du Jugement, que nous trouvions alors miséricorde, saint Précurseur.

    Dans sa ruse, l’ennemi mauvais, sans trêve, me pourchasse ; arrache-moi, ô Toute Immaculée, à ses embûches, et guide-moi pour faire la divine volonté du Maître, Mère de Dieu.

    Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)

     

     

     

     

  • Il vient chez toi

    Tu as entendu la voix du Verbe, la Parole de Dieu. (…) Lève-toi, et par la prière prépare le fond de ton âme. D’en bas tends vers les hauteurs, efforce-toi à ouvrir la porte de ton cœur. Quand tu étends les mains vers le Christ, tes actions exhaleront le parfum de la foi. (…)

    Voilà comme le Christ t’a désirée, voilà comme le Christ t’a choisie. Si tu lui ouvres, il entrera ; il ne peut pas y manquer, lui qui l’a promis. Embrasse donc celui que tu as cherché (Ct 3,4) ; approche-toi de lui et tu recevras sa lumière (Ps 33,6) ; retiens-le, demande-lui de ne pas s’en aller si vite, supplie-le de ne pas s’éloigner. En effet, la parole de Dieu court rapidement (Si 43,5) ; elle ne se laisse pas saisir par la mollesse ; la paresse ne la retient pas. Que ton âme, à son appel, aille à sa rencontre, et qu’elle persévère sur le chemin tracé par sa parole céleste, car il passe vite. (…)

    Ne pense pas, s’il est parti si vite, que tu lui as déplu en l’appelant, en l’implorant, en lui ouvrant : il permet souvent que nous soyons éprouvés. Lorsque les foules le priaient de ne pas s’en aller, que dit-il dans l’Évangile ? « Il faut que j’annonce la parole de Dieu dans les autres villes, car c’est pour cela que j’ai été envoyé » (Lc 4,43). Alors, même s’il semble être parti, cherche encore (cf. Ct 5,6). (…) Celle qui cherche ainsi le Christ, celle qui l’implore ainsi, n’est pas délaissée par lui ; bien plus, il vient souvent la visiter, car il est avec nous jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20).

    Saint Ambroise (v. 340-397)

     

     

     

  • Premier dimanche de l’Avent

    Si un roi ici-bas appelle des hommes à la gloire, au succès, à la richesse, au luxe et à la jouissance, nous les voyons s’élancer vers tout cela avec diligence, zèle et joie ; nous, c’est le Dieu et roi de l’univers qui nous appelle – non à ces biens vils et corruptibles que nous venons d’évoquer, mais au royaume des cieux, à une lumière qui ne connaît pas d’éclipse, à une vie sans fin, à une ineffable béatitude, à l’adoption filiale et à l’héritage des biens éternels –, alors avec combien plus de zèle, de joie, d’insatiable ardeur, devons-nous chaque jour et à toute heure, courir, lutter et nous empresser ; ni tribulation, ni angoisse, ni faim, ni soif, ni danger et, disons-le, ni glaive, ni mort (cf. Rm 8,35.38), rien de tout cela ne doit nous inspirer de la crainte, ni nous faire reculer ; au contraire, avec courage, vigueur et force d’âme, nous devons suivre jusqu’au bout la voie ascétique et tout supporter comme léger et facile en regard de l’attente (cf. Rm 8,19) qui nous est proposée et de notre espérance toute bienheureuse. (…)

    Fortifiez-vous, vous aussi par la vigueur de sa force (cf. Ep 6,10), enfants très désirés, et, à vos luttes et épreuves premières, joignez aussi celles présentes et à venir, en tenant pour une joie parfaite (cf. Jc 1,2) d’avoir été jugés dignes de souffrir volontairement tout cela pour le Christ sauveur (cf. Ph 1,29) ; et devenez les imitateurs de ses souffrances ; pour ceux qui comprennent, cela à soi seul constitue la plus grande récompense ! (…) Nous voulons ranimer notre ardeur à tous, nous réveiller, nous remettre debout, renouveler notre empressement à venir à bout des services qui nous sont échus à chacun et à les remplir sans négligence, dans le Christ Jésus notre Seigneur à qui appartiennent la gloire et la puissance avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et pour les siècles des siècles. Amen.

    Saint Théodore le Studite (759-826)

     

     

     

  • Marie, femme de foi, d’espérance et d’amour

    Les saints sont les vrais porteurs de lumière dans l’histoire, parce qu’ils sont des hommes et des femmes de foi, d’espérance et d’amour. Parmi les saints, il y a par excellence Marie, Mère du Seigneur et miroir de toute sainteté. Dans l’évangile de Luc, nous la trouvons engagée dans un service de charité envers sa cousine Élisabeth, auprès de laquelle elle demeure « environ trois mois » (1,56), pour l’assister dans la phase finale de sa grossesse. « Magnificat anima mea Dominum », dit-elle à l’occasion de cette visite : « Mon âme exalte le Seigneur » (1,46).

    Elle exprime ainsi tout le programme de sa vie : ne pas se mettre elle-même au centre, mais faire place à Dieu, rencontré tant dans la prière que dans le service du prochain –- alors seulement le monde devient bon. Marie est grande précisément parce qu’elle ne veut pas se rendre elle-même grande, mais elle veut rendre Dieu grand. Elle est humble : elle ne veut être rien d’autre que la servante du Seigneur (Lc 1,38.48). Elle sait qu’elle contribue au salut du monde, non pas en accomplissant son œuvre, mais seulement en se mettant pleinement à la disposition des initiatives de Dieu. Elle est une femme d’espérance : uniquement parce qu’elle croit aux promesses de Dieu et qu’elle attend le salut d’Israël ; l’ange peut venir chez elle et l’appeler au service décisif de ces promesses. C’est une femme de foi : « Heureuse celle qui a cru », lui dit Élisabeth.

    Benoît XVI

     

     

     

  • « Il s’est penché sur son humble servante. »

    Marie a été très cachée dans sa vie ; c’est pourquoi elle est appelée par le Saint Esprit et l’Église « Alma Mater » : Mère cachée et secrète. Son humilité a été si profonde qu’elle n’a point eu sur la terre d’attrait plus puissant et plus continuel que de se cacher à elle-même et à toute créature, pour n’être connue que de Dieu seul.

    Dieu, pour l’exaucer dans les demandes qu’elle lui fit de la cacher, appauvrir et humilier, a pris plaisir à la cacher dans sa conception, dans sa naissance, dans sa vie, dans ses mystères, dans sa résurrection et assomption, à l’égard de presque toute créature humaine. Ses parents même ne la connaissaient pas ; et les anges se demandaient souvent les uns aux autres : « Quae est ista ? Qui est celle-là ? » (Ct 6,10) parce que le Très-Haut la leur cachait ; ou, s’il leur en découvrait quelque chose, il leur en cachait infiniment davantage…

    Que de choses grandes et cachées ce Dieu puissant a faites en cette créature admirable, comme elle est elle-même obligée de le dire, malgré son humilité profonde : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ». Le monde ne les connaît pas, parce qu’il en est incapable et indigne.

    Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716)

     

     

     

  • Credo

    Il est impossible de croire seul. La foi n’est pas seulement une option individuelle que le croyant prendrait dans son intériorité ; elle n’est pas une relation isolée entre le moi du fidèle et le toi divin, entre un individu autonome et Dieu. Par nature, elle s’ouvre au « nous » ; elle advient toujours dans la communion de l’Église. La forme dialoguée du Credo, utilisée dans la liturgie baptismale, nous le rappelle.

    L’acte de croire s’exprime comme une réponse à une invitation, à une parole qui doit être écoutée. Il ne procède pas de moi, mais il s’inscrit dans un dialogue (…). Il est possible de répondre à la première personne, « je crois », seulement dans la mesure où l’on appartient à une large communion, seulement parce que l’on dit aussi « nous croyons ». Cette ouverture au « nous » ecclésial se produit selon l’ouverture même de l’amour de Dieu, qui n’est pas seulement relation entre Père et Fils, entre « moi » et « toi », mais qui est aussi dans l’Esprit un « nous », une communion de personnes. Voilà pourquoi celui qui croit n’est jamais seul, et pourquoi la foi tend à se diffuser, à inviter les autres à sa joie. (…) Tertullien (v. 155-v. 220) l’a exprimé de manière convaincante en parlant du catéchumène qui, après le baptême, « le bain de la nouvelle naissance », est accueilli dans la maison de la Mère pour élever les mains et prier, avec ses frères, le Notre Père.

    Pape François

     

     

     

  • Dieu, dans Sa miséricorde, s’est préparé un sanctuaire, la Sainte Vierge !

    Dieu, Tu n’as pas détruit l’homme après sa chute, mais dans Ta miséricorde, Tu lui as pardonné à ta manière divine, c’est-à-dire non seulement Tu lui as remis sa faute, mais encore Tu l’as comblé de toutes les grâces. La miséricorde T’as poussé à daigner descendre jusqu’à nous et à nous tirer de notre misère.

    Dieu, le Seigneur au-dessus des Seigneurs, descendra sur la terre, il s’abaissera, lui, l’Immortel. Mais où descendra-Tu Seigneur ; est-ce dans le temple de Salomon ? Ou bien feras-Tu bâtir un nouveau temple où Tu envisages de descendre ? Ô Seigneur, quel sanctuaire Te préparerons-nous, car toute la terre est Ton marchepied ?

    Tu T’es préparé, seul, un sanctuaire – la Sainte Vierge. Ses entrailles immaculées te sont une demeure, et l’inconcevable miracle de Ta miséricorde a lieu, ô Seigneur. Le Verbe se fait chair, Dieu a habité parmi nous, le Verbe Divin, la Miséricorde Incarnée. Tu nous as élevés vers Ta Divinité par Ton abaissement ; c’est là l’excès de Ton amour, plus personne maintenant n’a peur de s’approcher de Toi.

    Tu es le Dieu de miséricorde, Tu as pitié de la misère, Tu es notre Dieu et nous, Ton peuple. Tu es notre Père et nous, Tes enfants par la grâce. Que Ta miséricorde soit louée parce que Tu as daigné descendre chez nous !

    Sainte Faustine Kowalska (1905-1938)